Alain Blum[1] et Elena Filippova[2]
Depuis que les ethnologues russes ont voyagé dans l’Altaï, à la fin du 19ème siècle, le débat sur la nature et les disparités des populations de l’Altaï montagneux n’a pas cessé, en particulier autour des populations turcophones. La littérature ethnographique russe et soviétique, qui nous intéresse ici, développe des attitudes souvent antagonistes. Elles expriment de positions marquées par les conceptions et traditions ethnographiques qui se sont transformées durant près d’un siècle et demi, ainsi que des attitudes politiques diverses. Elle divise puis regroupe, guidée par un certain nombre de principe du ressort de la discipline ethnographique et en relation avec les transformations administratives et politiques.
Suivre ce débat, les descriptions ethnographiques et les arguments qui fondent ces descriptions, dans le cadre des populations de l’Altaï, offre un moyen particulièrement adapté pour comprendre comment l’etnographie russe puis soviétique a construit un ensemble de groupes ethniques à partir des observations des voyageurs et des expéditions de la seconde moitié du 19ème siècle, puis de l’élaboration du schéma soviétique des nations.
La population de l’Altaï montagneux est tradtionellement considérée comme le résultat de la fusion de tribus nomade d’origine turque. L’étude des différences linguistiques et les particularités économiques et culturelles ont conduit, tôt, les ethnologues à distinguer deux groupes principaux d’habitants de l’Altaï turcophones, dénommés globablement les Altaïens (Altaïtsy) : ceux du nord et ceux du sud.
Les Altaïens du sud sont traditionnellement divisés entre Telenguites et Altaï-kizhi (les gens de l’Altaï). Certains ethnologues y rattachent aussi d’autres groupes, comme les Maïmalars, qui vivent dans le bassin de la rivière Maïma[3]. La littérature ethnographique plus ancienne distinguait aussi les Téléoutes, rattachés à ce groupe (Potapov, 1969) ainsi que les Tioliosses (Toiolesses, Tolosses). D’autres chercheurs estiment que cette dernière désignation correspond à un clan.
La discussion sur ces peuples intègre très souvent, en effet, une histoire des régions de l’Altaï. Les Altaïens du sud se seraient ainsi formés sur les débris de l’État des Oïrotes, qui a existé de la fin du 14ème siècle au milieu du 18ème siècle. L’historicité est donc l’un des fondements de la détermination des groupes ethniques dans ces approches.
Les Altaïens du nord sont, de leur coté, souvent divisés en Toubalars, Tchelkanes et Koumandines. Ces groupes sont présentés comme issus des tribus turques des Ouïgours, des Kimak-Kiptchaks, des Kirghizes de l’Enisseï, des Ogouzes ainsi que des Samodiitsi, Ketes et Ougores (Potapov, Satlaev). Pratiquement tous les chercheurs affirment que, jusqu’à la Révolution d’octobre 1917, les Altaïens ne constituaient pas un groupe ethnique unifié, ne se reconnaissaient pas comme tel, et ne se désignaient pas par un ethnonyme unique.
Chaque groupe est désigné, tant dans le passé qu’aujourd’hui par différents ethnonymes, non pas en raison d’ethnonyme dans les langues turques ou russes, mais aussi en raison de formes d’identification diverses, fondées sur les auto-désignations ou les toponymes, et donc une territorialisation très locale. Cette multiplicité montre à quel point l’ethnographie multiplie et croise, ici, ces critères hétérogènes pour construire un panorama ethnographique, fondé sur une séparation en groupes distincts, des populations de l’Altaï. La désignation ou l’auto-désignation, en diverses langues, la territorialisation, la langue, les pratiques, l’histoire reconstruite, sont mises à contribution pour classer l’ensemble des populations turcophones en groupes identifiés de façon exclusive. Ce débat est un des exemples qui exprime bien l’ambiguïté importante, dans la construction ethnographique, des distinctions entre groupes ethniques et groupes claniques, tout autant que l’importance de la territorialisation à l’origine de ces constructions.
Au delà de la séparation, il s’agit ensuite d’établir un schéma logique qui permette de rassembler, sous une forme unifiée, l’ensemble de la population de l’Altaï, pour rendre cohérent et pour historiciser cette construction. Les ethnologues ont affirmé l’existence d’un groupe Altaïens, unique, se divisant entre Altaïens du nord et du sud dont les caractéristiques ethnographiques propres se seraient formées « à partir de la diversité des conditions matérielles et géographiques des montagnes de l’Altaï-Saïanski ». Or, lorsqu’ils décrivent les pratiques économiques rurales, élevage ou culture, les fondements de l’unité ethnographique des Altaïens disparaissent : les particularités culturelles et de mode de vie des Altaïens du sud se seraient formées sur la base d’une population nomade ou semi-nomade pratiquant l’élevage de bétail, alors que ceux du nord auraient développé des activité de chasse pédestre, de pêche dans la Taïga et d’activité agraire. Une relation est alors établie entre ces diversités de pratiques et la « construction des habitations, les vêtements, la manière de préparer la nourriture, les moyens de déplacement, les traditions orales, d’art décoratif, les mœurs et mes pratiques traditionnelles, rites ou cultes ». « Par le type anthropologique, l'économie, la culture et la vie domestique, les Altaïens du nord, aussi bien que des ceux du sud, possèdent une ressemblance génétique avec plusieurs tribus et peuples qui ne demeurent pas actuellement dans la région d'Altaï et qui sont parfois tout à fait différents par la langue. » (Potapov, 1969). Les conditions de vie sont ici mises à contribution pour établir une généalogie des pratiques.
La littérature ethnographique soviétique défend l’idée que la période qui suit la Révolution est une période de « consolidation » des Altaïens, qui se caractérisent donc par une disparition presque totale des différence entre les groupes, ainsi que la division en clan (Potapov, 1969). Elle s’insère là dans le cadre théorique général qui domine cette littérature, en particulier après la Seconde guerre mondiale, tendant à insérer les dynamiques ethnographiques dans un schéma évolutionniste et modernisateur. Certains cependant, à partir d’observations de terrain réalisées à la fin des années 1980 (en 1988 et 1990), tout en suivant le cadre analytique de l’ethnographie soviétique, s’opposent à ce schéma. A partir d’un matériel réuni parmi les Teleoutes, ils soulignent que le clan, institution sociale, « a joué un rôle important dans la société teleoute des 19ème et 20ème siècle. Il est un élément structurant de formes sociales, à différents niveaux : 1) le district ; 2) la communauté territoriale, 3) l’ethnie (etnos) elle-même » (Bat’janova, 2002).
La situation se complique encore plus suite aux nombreux changements de statuts administratifs et politiques des territoires où sont dispersés ces différentes populations de l’Altaï, du début de la colonisation russe jusqu’à aujourd’hui. Ce territoire n’a jamais constitué une entité administrative unique. Ainsi, les territoires de l’Empire russe, sur lesquels vivaient des populations désignés comme « allogènes de l’Altaï », recouvraient les districts (okrugi) de l’Altaï, de Biisk et du Kouznetsk. Pour des raisons fiscales, le district de l’Altaï était divisé en plusieurs unités administratives au statut différent, dïouchines (chacune composées de divers groupes claniques) dirigés par des Zaïsanes, et volosts. En 1912, le « Zaïsanate », institution qui fondait le pouvoir russe sur l’intermédiaire que constituait la structure clanique de la société en Altaï, fut supprimé, et les différents clans furent inscrits dans différents volost.
En 1922, le pouvoir soviétique créa la région autonome d’Oïrotie (Oïrotskaia avtnonomnaia oblast) au sein du kraï de l’Altaï. Elle fut renommée en 1948 « région autonome de l’Altaï montagneux (Gorno-Altaï)». En 1991 la Republique Gorno-Altaï fut proclamée, devenant ainsi un sujet de la Fédération russe. Elle devint, en 1992, république de l’Altaï. Quelques groupes de population, rattachés dans la tradition de l’ethnographie russe puis soviétique, aux populations de l’Altaï, ne furent pas inclus dans les frontières de ces entités administratives. L’existence pendant un quart de siècle de la région autonome d’Oïrotie a conduit à faire renaître l’ethnonyme « Oïrote », et le changement de dénomination, en Gorno-Altaï, a conduit le groupe des « Altaï-kiži », le plus nombreux, à acquérir le statut d’ethnie titulaire, concept fondamental de la construction nationale soviétique à partir du milieu des années 1930. Les autres groupes ethniques ou nationaux désignés devaient s’agrégeaient à cette nationalité titulaire, et donc disparaître au profit d’une unité territoriale et nationale.
Parallèlement à la création, disparition et changement de dénomination des unités administratives territoriales, la liste des peuples reconnus dans les recensements de la population se transformait, certains « peuples » apparaissant, d’autres disparaissant.
Ces transformations administratives et politiques ainsi que les débats parmi les ethnologues ou entre ethnologues et administrateurs, se reflètent directement, et très simplement, dans l’usage de ces catégories lors des divers recensements, de 1897 à aujourd’hui. Un rapide panorama des classifications utilisées offre un aperçu précis de ces transformations, des influences réciproques, des ambiguïtés aussi du choix du statisticien. Il montre en particulier à quel point la représentation ethnographique reste pregnante, tout au cours du 20ème siècle, et même si les statisticiens sont contraints d’offrir une présentation administrative réduite, ils n’en restent pas moins insérés dans une culture ethnographique qui s’est édifiée de la fin du 19ème siècle au milieu des années 1920.
En 1897, le recensement est fondé sur une classification raisonnée des peuples, classification raciale qui distingue la « race méditerranéenne ou race blanche », comprenant les populations de langue indo-européenne, sémite et caucasienne ; la « race mongole ou race jaune », comprenant les populations de langues Ouralo-altaïenne et l’ensemble des peuple cultivés d’extrême orient ; enfin la « race hyperboréenne ». Les populations turcophones de l’actuelle république de l’Altaï montagneux, insérées alors dans les divisions administratives du gouvernement de Tomsk, sont classées dans cette classification raisonnée parmi les peuples de « race mongole », possédant une langue du groupe turque, qui fait lui-même partie du groupe des langues ouralo-altaïque. Ces populations sont identifiées comme étant des turcs sibériens, divisés en Teleoutes ou Telengoutes (les termes sont considérés comme synonymes), altaïens ou kalmyks des montagnes (ou encore uriankhajtsy : cette dernière dénomination désigne des peuples mongoles ayant des rites chamaniques) ; koumandines ; tatares du Kouznets ou Chernevye ; Lebedines (ku-kishi)[4].
La représentation ethnologique dominante est ainsi utilisée, mais cette classification ne suffit pas à déterminer de façon simple les désignations des peuples lors du recensement. Les populations des régions de l’Altaï apparaissent en effet concentrer la majeure partie des ambiguïtés reconnues de la division de la population de l’Empire en peuple, que souligne à plusieurs reprises Patkanov, le principal auteur du traitement des peuples dans le recensement de 1897.
En effet, Patkanov reconnaît devoir utiliser non pas seulement la déclaration linguistique, mais des facteurs territoriaux ainsi que le classement en état (soslovie) pour pouvoir énumérer et décompter les peuples de l’Altaï :
« Il faut remarquer que, pour répartir la population du gouvernement de Tomsk en tribus (plemena) il a fallu compléter les règles générales, décidées pour réaliser et traiter le recensement, selon lesquelles la nationalité (natsional’nost’) des individus se définit à partir de la donnée de sa langue maternelle. Une partie importante de la population de souche (korennoe naselenie) de la moitié nord du gouvernement (ostiako-samoedy, tatares) s’étant fortement russifiée et ayant oublié leur langue maternelle, ils auraient tous été rattachés à la population russe si l’on avait suivi ces règles, et le nombre réel de tribus représentées aurait été inconnu. Pour sortir de ce problème, nous avons suivi des règles plus appropriées pour définir les nationalités en Sibérie […] Les données sur les états (soslovie), permettent de distinguer les populations souches (korennye), définies comme allogènes, des populations qui sont venues dans ces régions, ces dernières appartenant aux états (soslovie) paysans, marchand et quelques autres. Ces données, mises en relation avec l’appartenance de telle personne à tel ou tel district (volost) ou unité administrative (uprav), son lieu de naissance et d’enregistrement, etc., fournissent, dans la majeure partie des cas, des informations suffisantes pour résoudre de façon plus ou moins exacte la question de la nationalité de tel ou tel groupe de la population »[5].
Il y a bien, ici, l’expression de la recherche d’une « nationalité originelle », représentation essentialiste qui veut distinguer les « vrais » russes des populations « russifiées » et découvrir les « vraies » appartenances nationales. Il y a aussi une conception nettement territorialisée, dont la trace perdurera tout au cours du 20ème siècle, les dictionnaires de nationalité fournissant, la plupart du temps, une indication sur les lieux où sont présents, essentiellement, tel ou tel peuple.
La présentation de ces populations des régions de l’Altaï, par Patkanov, tout en suivant celle du dictionnaire des peuples, révèlent toutes ces ambiguïtés. Elles sont alors décrites comme faisant partie d’un groupe de tribus turques de souche, distinguées en deux sous-groupe, les « Turcs de souche et de sang (chistokrovnye korennye tiurki) du pays de l’Altaï montagneux » et les « indigènes turquisés » ( « tuzemtsy oturechenie ») d’autres tribus, en particulier les samoïèdes et les Enissieiens, qui résident en partie dans ces régions, mais plutôt dans des districts plus au nord. Dans le premier groupe, Patkanov distingue les « Altaïens, encore dénommés kalmyks des montagnes ou kalmyks blancs, « en souvenir de leur sujétion passée aux kalmyk ou oïrotes », et les teleoutes, qui leur sont parents, qui ne se distinguent pratiquement pas des telengoutes ou telengetes. ».
La description devient alors complexe, très attachée aux lieux de résidence, distinguant essentiellement les bassins des rivières ou de leurs affluents. Patkanov met aussi l’accent sur la difficulté d’identifier ces peuples qui déclarent, souvent, comme langue maternelle, « la langue turque, tatare, ou allogène (inorodcheskij) ». Il souligne qu’une enquête spécifique serait nécessaire pour « répartir correctement la population turque de ces districts en tribus ».
Un second groupe, plus au nord, de « turco-tatars de souche » est composé de tribus des Samoïèdes et des Enissïens, mélangés à de purs turcs (chistye tiurki). En font partie les koumandines, à nouveau définis à partir de leur lieu de résidence, le bassin du fleuve Bii.Puis, d’autres peuples sont distingués, dans ce second groupe, toujours territorialement définis. Aucune mention n’est faite, dans toute cette description, des clans, qui n’ont pas été recensés, mais ont fait l’objet d’une étude spécifique menée aussi en 1897.
L’étude de 1897 sur les clans offre une vision profondément différente, intégrée dans un schéma transversal. Elle a été réalisée sous la forme d’un recensement[6] et souligne l’importance des clans (dénommés rod ou seok) dans les représentations de ces populations. Citant l’ethnologue G. Lutsenko, Shvetsov évoque même la pertinence plus grande d’un usage des clans et non des peuples : « L’anthropologie contemporaine des allogènes nomades, ayant conservé un mode de vie clanique, devrait être une anthropologie des clans et non des peuples »[7].
La liste établie pour le recensement soviétique de 1926 et la liste constituée, dans ce but, par la commission d’étude de la composition en tribus de la population de l’URSS, suivent des logiques qui sont inspirées de celles établies en 1897, même si ces deux listes témoignent d’une recherche ethnographique qui s’est développée depuis, et d’une classification raisonnée en partie transformée. Les trois grandes races ne structures plus cette classification, qui est constituées de dix grands groupes, dont les indo-européens et les Turcs.. Les divisions en clans, qui prédomineraient dans certains de ces peuples, sont parfois soulignées. Nous indiquons, dans le tableau qui suit, les peuples identifiés et qui correspondent partiellement au territoire de l’Altaï :
Description des peuples de l’Altaï montagneux contemporain, à l’occasion du recensement de 1926 (liste publiée par la commission d’étude…)
Turcs du nord-ouest
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Langue
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Religion
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Remarque, indiqué
dans le dictionnaire de la commission
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Koumandines* |
koumandine et
russe |
Chamanisme |
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Altaïen ou altaï-kiži (ou kalmyks
des montagnes ou kalmyks blancs) |
Altaïen et
russe |
Chamanisme,
orthodoxe et burhanistes |
connus sous le
nom d’Oïrotes, dénomination acquise
après la Révolution |
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Telenguetes |
telenguetes et
russe |
Chamanisme,
orthodoxe et burhanistes |
Ont
conservé les divisions en kolena et clan (rod) |
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Teleoutes |
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Proche de telenguetes, et autrefois peut-être le même
peuple bien que différents par la langue |
Turc du sud-est
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Tatares
Chernevye (turcs), toubalares,
touba-kiži, jysh-kiži
(les « habitants des forêts ») |
Chernevoj (turc) et russe |
Chamanisme
(formellement orthodoxe) |
Touchent
les russes au nord, les Altaïens au sud ;
parfois cette dénomination est utilisée pour des Shores ou des Tatares de Tomsk et du Kouznets |
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Tatares de
Tomsk et du Kouznet (turcs) |
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orthodoxe avec
trace de chamanisme |
langue proche
des shores et en partie du teleoutes |
Turc du nord-est
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Shores, shore-ki-ži |
Shore |
Chamanisme |
Se divisent en
22 clans ; parfois rattachés aux tatares chernevye
et de Tomsk et du Kouznets |
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Lebedines, ku-kiži, Cholkanugs* |
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Dans le
recensement de 1926, les Lebedines sont
considérés comme des Koumandines. En
1897, Patkanov remarque que les Lebedines
ont déclarer parler la langue shore et non
pas koumandine. |
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En 1937, l’ensemble de ces peuples, divisés en sous-groupe, sont alors regroupés sous la dénomination d’Oïrotes (les Shores constituent un groupe séparé). Pour décrire ce regroupement les statisticiens renvoie encore à la classification précédente. Les désignations sont plus nombreuses qu’en 1926, mais la présentation du dictionnaire des nationalités montre à quel point statisticiens et ethnographes ont du mal à se séparer d’une classification raisonnées et précises, pour accepter la relation « territoire administratif – peuple » désormais prédominante. Par rapport au schéma ethnographique précédent, seul est surprenant le rattachement des Toubalares au Schors, rattachement inusuel dont nous n’avons pas identifié l’origine. En 1939, le découpage est analogue, mais tous les désignations internes aux Oïrotes, et aux Shores, ne sont plus structurées en sous-groupe :
Dictionnaire des nationalités de 1939
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Oïrotes |
Ojrot-kiži, oïrat-kiži, oïraty,
altajtsy, altajskie kalmyki, telengety, teleuty, lebedintsy, chelkantsy, majmintsy, kumandintsy, kumanty |
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Shortsy |
Shor,
shor-kiži, kuznetskie
tatary. |
La construction se rapproche de plus en plus de cette description administrative désormais dominante et sert de fondement pour démontrer la « consolidation » nationale autour de la nationalité titulaire. Ainsi, la présentation, réalisée après la Seconde Guerre mondiale, des résultats du recensement de 1939, développe la théorie dominante de la consolidation autour de la nationalité titulaire :
« Les Oïrotes – dénominations prise par le groupe des tribus turcophones et résidant dans le territoire de l’Altaï montagneux (territorial’nyh obrazovanij v rajone Gornogo Altaia, se situant sur la voie de la consolidation dans le cadre de l’autonomie créée en 1922. Ils se divisent en deux groupes inégaux en taille, se distinguant par la langue.[…] En 1948 ils ont pris un nom unique – altaïens ».[8]
Les recensements d’après guerre, jusqu’en 1989, reproduisent la structure présentée en 1937, structure qui recoupent divisions en peuple, tout en regroupant sous une dénomination se rapprochant de l’administratif. Ainsi, les Altaïens (altajtsy : l’Oïrotie a désormais fait place à la république de l’Altaï montagneux) regroupent, sous une présentation analogue à celle de 1937, à peu près les mêmes peuples dès le recensement de 1959.
En 1970, le dictionnaire publié à l’occasion du recensement reprend à peu près la présentation de 1937
La persistance, tout au long de ces années, d’une pensée ethnographique formée à la fin du 19ème siècle, montre que, malgré l’imposition d’une formulation administrative, les documents internes à la statistique, établi en relation avec l’institut d’ethnologie, ont conduit à laisser « vivante » la représentation qui ressurgit aujourd’hui. Les limites de l’imposition d’une certaine forme d’identification administrative ne tiennent pas simplement à la mémoire, parmi les élites locales, de certaines formes de reconnaissance, que nous décrivons ci-dessous, mais bien à la réticence des statisticiens et ethnographes d’appliquer un schéma qui est contraire à une tradition qui a fondé leur mode de pensée.
La classification des groupes de l’Altaï turcophones dans les
recensements soviétiques
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1926 |
1937 |
1939 |
1970 |
1989 |
2002 |
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Altajcy |
Ojroty Altajcy, altaj-kiži,
altajskie kalmyki, belye kalmyki, gornye kalmyki, černye kalmyki |
Ojroty Altajcy altajskie kalmyki |
Altajcy altaj-kiži |
Altajcy altaj-kiži |
Altajcy, Altaj-kiži |
Ojraty
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Ojroty,
Ojraty, Ojrat-kiži
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Ojroty,
Ojraty, Ojrat-kiži, Ojrot-kiži
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Altajcy Ojroty |
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Ojraty |
Kumandincy
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Ojroty
Kumandincy, kumandy-kiži,
Âsašnye
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Ojroty
Kumandincy,
kumandy
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Altajcy Kumandincy
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Altajcy kumandy
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Altyna kumandy,
Kumandincy, kumandy,
Tadar-kiži (avec le kumandinskij comme langue maternelle) |
Telengety
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Ojroty
telengety,
telengity
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Ojroty
telengety
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Altajcy telengity
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Altajcy
telenget |
Telengity
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Teleuty
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Ojroty
Teleuty,
aškištymcy, tolosy
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Ojroty
Teleuty
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Altajcy
Teleuty,
telësy
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Altajcy
Teleuty |
Teleuty, Tadar-kiži
(avec le teleutskij comme langue maternelle)
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Telësy
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Šorcy |
Šorcy Kuzneckie tatary, Šor-kiži |
Šorcy Šor, Šor-kiži,
Kuzneckie tatary |
Šorcy |
Šorcy |
Šorcy, Šor-kiži
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Šorcy Černevye tatary,
Tuba-kiži, Tubalary, |
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Altajcy
Tuba |
Altajcy
Tubalary
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Tuba, Tuba-kiži,
Tubalary, Tubere-kumandy
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Ojroty
kuu-kiži, Lebedincy,
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Ojroty Lebedincy
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Altajcy
Kuu-kiži, Lebedincy
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Ojroty
Čelkan-kiži,
Čelkanung, Šalgancy
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Ojroty Čelkancy
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Altajcy
Čalkancy
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Čelkancy, Čalkancy
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Ojroty
Majma-kiži,
Majmalary
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Ojroty
Majmincy
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Majmincy
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Kypčak
(avec l’altaïen comme langue maternelle)
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Najman
(avec l’altaïen comme langue maternelle)
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Sont indiquées les dénominations
prévues dans les dictionnaires de recensement et en gras les
dénominations admises après regroupement, effectué pour la publication des
résultats.
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Le statut de petit peuple est organisé aujourd’hui par la loi « Sur les garanties des droits des petits peuples indigènes »[9]. Selon l’article premier de cette loi, sont reconnus comme petits peuples allogènes, « les peuples (narody), vivant sur le territoire de peuplement traditionnel de leurs ancêtres (predki), ayant conservé un mode traditionnel de vie, d’économie et de production artisanale (promysly), et comportant, au sein de la Fédération de Russie, moins de 50 milles personnes et se reconnaissant eux-mêmes comme une unité ethnique autonome »[10] (souligné par nous).
Historiquement, en URSS, la définition des « petits peuples » (littéralement, peuples peu nombreux), a toujours été accompagnée par un qualificatif de nature « géographique » (« Petit peuple du nord) »). Une liste de tels peuples est élaborée dès 1925, incluant 26 dénominations. Pendant de longues années, cette liste n’a pas été modifiée, en particulier car seuls les peuples du nord pouvaient y entrer (même si, plus tardivement, d’autres territoires ont été considérés comme « équivalents » au nord). L’absence de logique d’une exclusion de type territorial, empêchant en théorie de donner des droits analogues à des populations vivant sur des territoires équivalent, apparut lors de la préparation, au milieu des années 1990, du projet de loi « Fondement d’un statut juridique des peuples allogènes du Nord de la Russie », projet qui n’aboutit finalement pas. En effet, le texte du projet proposait une liste de 49 peuples, incluant des peuples vivant « dans le sud de la Russie – au niveau de Cheliabinsk et Riazan, Orenbourg et Voronej »[11]. La formulation de la loi finalement prise, définissant son objet comme celui des « petits peuples allogènes », a donné la possibilité d’élargir l’action de cet acte juridique non pas seulement aux peuples du sud de la Sibérie, mais à ceux du Nord-Caucase. Durant l’année 2000, les Telengites, Toubalares et Chelkanes bénéficièrent de ce statut. Dès 1993, les Teleoutes et les Kumandines, en même temps que les Shortses, avaient reçu ce statut, considérés comme peuples du nord, puisque vivant en Sibérie[12].
Le cas des Teleoutes en est un bon exemple. Ils ne furent pas inclus dans la liste des nationalités du recensement de l’URSS de 1939, perdant ainsi le statut de peuple autonome. Depuis cette année là, tous ceux qui se considéraient auparavant comme Teleoutes s’inscrivirent dans leur passeport comme Tatars, Altaïens, Shores, ou russes, et lors du recensement de la population se désignaient ou été désignés soit comme Altaïens, soit comme Tatars. Il ne fut possible de s’inscrire comme Teleoutes sur le passeport que durant une très courte période du dégel khrushchevien. Cet ethnonyme disparut donc presque complétement durant les années 1960 et 1970, les teleoutes préférant, en russe, s’appeler tatars, bien qu’ils continuassent à se désigner, dans leur propre langue, comme telengetes ou païates. Cependant, durant la perestroïka, et à l’occasion d’une forte campagne pour la « renaissance nationale », les teleoutes eurent le droit non seulement d’utiliser leur nom et d’avoir le statut de peuple, mais aussi d’être inclus dans la liste des petits peuples indigènes du nord (Funk, 1999 ; Bat’ianova, 2002).
En son temps l’adresse de l’assemblée nationale et du gouvernement de la République de l’Altaï au gouvernement de la Fédération conduisit à l’inclusion dans la liste unifiée des petits peuples indigènes, des koumandines, chelkanes et toubalares, « pour reconnaître les fondements juridiques de la renaissances, la conservations, le développement, la défense des droits et des intérêts de ces peuples »[13]. En même temps, une telle inclusion n’a pas suscité d’opposition de la part du pouvoir de la république, mais, au contraire, fut considéré comme très souhaitable, le statut de petit peuple indigène fournissant allocation et avantages, en particulier matériels.
D’un autre côté, une partie de la population, en particulier les milieux intellectuels et les personnes actives des organisations sociales, créées au nom de la « nationalité titulaire », les Altaïens, furent très inquiets de ce décret et engagèrent le débat dans les médias, conduisant certains médias à parler d’une « crainte sociale » : « Avec la désignation des Koumandines, Chelkanes, Toubalares, Telengites comme petits peuple, le groupe ethnique central des Altaï-Kiži devient lui même un petit peuple[14], et, puisque aucun petit peuple en possède une république, on peu alors poser la question de la création d’un district autonome sur le territoire de l’Altaï montagneux »[15]. Le statut de district autonome (avtonomnyj okrug) fournit une autonomie bien moins grande que celui de république.
Cependant, le recensement fut l’occasion d’une révision des positions des élites républicaines sur cette question et conduisit à une discussion animée. D’un côté, dans cette discussion, les partisans de l’unité des altaïens, considéraient qu’une telle unité était la condition nécessaire à la stabilité de la république et craignaient qu’une division en petits peuples conduisent à la régionalisation (goubernizatsiia) de la république, qui, selon eux, avait déjà commencé. Une telle régionalisation signifierait une perte d’autonomie, la république reprenant un statut analogue aux autres régions de la Fédération, non autonomes. Cette position était surtout celle défendue par la population urbaine de la république et ses élites intellectuelles altaïennes. Elle était abondamment développée dans la presse en langue altaïenne et ne fut pratiquement pas évoquée dans la presse en langue russe.
Sensible au « danger », l’assemblée nationale de la République de l’Altaï s’est adressée, en juin 2001, au chef du gouvernement de la Fédération de Russie, M. Kas’ianov, pour lui demander un changement du texte du décret du gouvernement de la Fédération de Russie, n° 225, du 24 mars 2000. Cette assemblée a plus précisément demandé que, dans la liste des petits peuples indigènes, les koumandines, toubalares, Telengites et Chelkanes, soient dénommés « Altaïens-koumandines », « Altaïens-toubalares », « Altaïens-Telengites », « Altaïens-Chelkanes ». Cette assemblée ne souhaite cependant pas d’exclure de la liste unifiée des peuples les dénominations considérées, mais souhaite simplement leur adjoindre un qualificatif pour montrer qu’ils font tous partie d’un « peuple altaïen unifié », dont la taille ne permet pas d’accéder à un statut permettant d’obtenir des avantages financiers[16].
Le 17 septembre 2002 le 3ème congrès du peuple de l’Altaï, tenu dans la capitale de la république, Gorno-Altaï, rend public une résolution spécifique concernant cette question : Les représentants des altaïens y affirment que « Le recensement de 2002 porte un coup très fort à l’unité du peuple de l’Altaï, réalisée durant le 20ème siècles. Seuls deux peuples de Russie ont été divisés lors de la préparation du recensements : les Tatars et les Altaïens. Mais si les organes du pouvoir de la république du Tatarstan ont porté une particulière attention pour que soit corrigée cette action de destruction, aucun dirigeants importants de la république de l’Altaï, ni du parlement, ni du gouvernement, ne s’est exprimé sur cette question, encore moins n’a tenté de se garder de cela. Il reste du temps d’ici le recensement, il faut l’utiliser pour corriger la situation »[17].
C’est l’identification des Telengites qui inquiètent le plus puisque c’est le groupe le plus important de tous ceux qui sont ainsi distingués. Ils pourraient atteindre environ 17 mille personnes, alors que le nombre de Toubalares ne devrait guère dépasser 2500 personnes, de Chelkanes, 1500, et que la majorité des Kumandines et Teleoutes vit en dehors de la république de l’Altaï. Ils ne dépasserait pas le milliers, les deux réunis, dans cette république.
Le quotidien central de la république en langue altaï, « Altajdyn Cholmony », s’opposa vivement à la nouvelle liste des nationalités, préparée à l’occasion de ce recensement, l’appelant « instruction pour diviser les Altaïens en ethnies »[18] et accusant les « savants de Moscou » d’avoir « soutenu l’effort politique de briser le peuple, et plus encore de les priver de futur »[19]. La direction de la statistique de la république est aussi violemment prise à partie, d’autant plus qu’elle affirme dans un communiqué de presse publié dans ce même journal, l’importance de déclarer soit même ce qu’on souhaite déclarer. Suit une liste des groupes ethniques distingués parmi les Altaïens : « Les Altaïens se divisent entre ceux du nord (Touba, Chelkanes, Koumandines, Shortses) et ceux du sud (Telengites, Tioliosses, Teleoutes et Altaïens) »[20]). L’administration statistique fut accusée d’incompétence, justifiée en particulier par le fait que « des personnes d’autres nationalités, ne connaissant pas notre langue, notre histoire, notre religion, se mêlent de nos affaires intérieures, nous enseignent, et se moquent de nous »[21].
La conception d’une république nationale et des nationalités est nettement fondée, dans cette discussion, sur une appréciation de type administrative et politique, beaucoup plus qu’ethnique. Presque tous les entretiens que nous avons menés confirment cette dimension :
« Pourquoi les gens veulent-ils se diviser en petits groupes ? Pour recevoir des avantages. Nombreux s’apprêtent à se déclarer au recensement Koumandines, Telengites, etc. et non pas Altaïens. Il me semble parfois qu’il s’agit d’une politique étatique, qui vient d’en haut. Pour que l’état soit stable, il faut qu’il soit unifié. Et nous avons une grande variété ethnique. D’ailleurs, plus un groupe est petit, plus il s’assimile rapidement. Par l’intermédiaire de la division on va vers une unification [des peuples de Russie ; donc une assimilation aux russes – nda]. Si une personne connaît bien sa culture, sa religion, il est beaucoup plus difficile de l’assimiler. C’est une autre affaire quand la culture traditionnelle et la mentalité sont perdues ou érodées. Une telle politique ne peut que conduire à la disparition de notre conception du monde et de notre culture » (entretien réalisé dans le district d’Ongoudaï).
« Qu’est-ce qu’un Telengite ? C’est bien un Altaïen, ils ont la même langue, les mêmes traditions, les mêmes vêtements. Tous ces jeux avec les petits peuples sont nécessaires à quelques personnes bien définies. Cet argent qui est promis aux Telengites par la loi, ils n’en verront jamais la couleur » (district d’Ongoudaï).
« Je sais, qu’à Oulagane, il y a une campagne pour que les habitants s’inscrivent comme Telengites, mais je pense que c’est politiquement erroné. Ainsi nous pourrions perdre notre autonomie de gouvernement (gosudarstvennost). C’est utile au centre, c’est pour cela que l’on peut supposer que l’idée est venue d’en haut. Et nos pouvoirs locaux ont laissé faire, que chacun se déclare comme il le veut. Bien entendu, c’est l’affaire de chacun, mais seulement dans la vie quotidienne. Mais au moment de mesures qui concernent l’ensemble du pays, comme le recensement, cela n’est pas convenable. Il faut travailler avec les gens. Il fallait leur fournir des éclaircissements, des explications, leur indiquant pourquoi il fallait se déclarer Altaïen, et personne ne la fait ». (Kosh-Agach).
La position opposée dans la discussion peut être qualifiée de régionaliste, et est vivement défendue dans les villages éloignés, difficilement atteignables. Ici la population se dit Telengite, considérée comme une ethnie différente de celle des Altaïens. Cette position trouve manifestement des partisans en raison des avantages que le statut de petit peuple permet d’obtenir : avantages matériels qui, selon la plupart des personnes, n’arrivent d’ailleurs jamais ; possibilité de s’opposer à l’achat et la vente de terre dans les lieux où vivent en grand nombre des Telengites ; droit de préférence pour l’accession à l’enseignement supérieur, en particulier fourniture de bourses dans quelques institutions d’enseignement supérieur de Saint-Pétersbourg, de Moscou et d’autres villes ; enfin, possibilité de former une élite régionale, permettant de corriger une situation qui, jusqu’à présent, exclue du pouvoir républicain les habitants des districts d’Oulagane. Les partisans d’une telle position expriment le souhait de rester isolés, en craignant en particulier le développement du tourisme, qui permet l’arrivée « d’étrangers » (postoronnye) dans la région.
A la veille du recensement, au mois d’août 2002[22], une enquête fut réalisée dans le district d’Oulagane, constituée d’une seule question : « durant le recensement à venir, comment répondrez-vous à la question de la nationalité ? », question qui fournissait trois variantes de réponses : « Altaïen », « Telengite » et « Altaïen-Telengite ». On nous a affirmé, que le but de cette enquête n’était en rien du monde de faire de la propagande, « comme veulent le faire croire ceux de Gorno-Altaï » (la capitale de la république de l’Altaï), mais simplement d’éclaircir comment les gens se définissent. Suite à cette enquête certains prédisent donc que plus de la moitié de la population du district se sera déclarée Telengite durant le recensement.
Selon le représentant des Telengites, ce statut de petit peuple est précieux avant tout parce qu’il permet de préserver les terres traditionnelles, utilisées par les habitants, de tout achat par des nouveaux riches en particulier, qui ont déjà acheté de telles terres sur les rives du lac Telets. Ainsi, pour lui, il est avant tout question de défendre la propriété collective et les incitations financières viennent qu’après. Tout cela ne menace pas, selon V. Poposhev, l’unité de la république. Cependant, la « séparation » des Telengites a provoqué des frictions avec le centre républicain.
De façon générale, il semblerait, selon nos propres observations et entretiens, réalisés dans le village d’Oulagane et les villages voisins que la population s’identifie sans hésiter aux Telengites (« Bien sûr, nous sommes telengites » ; « Nous sommes tous telengites de cœur », etc.), bien que certains s’identifient à travers une double dénomination d’altaïen-telengites. La nature du débat qui a précédé le recensement est connue par la majorité et compris, et le seul argument qui soit discuté est la menace ou son absence de disparition de la république. C’est autour de cela que se formulent les arguments :
« nous sommes tous [les membres de notre famille] inscrits comme Telengites. Qui serions-nous d’autre ? Altaïens, c’est un nom artificiel, ce sont les Russes qui l’ont imaginés. Auparavant, on nous appelait aussi des Oïrots, des allogènes, … Toutes ces discussions qui évoquent la possibilité de liquider la république, sont tout simplement stupides. En fait, si le centre veut le faire, il le fera, et le recensement n’y sera rigoureusement pour rien ».
« Bien entendu, je m’inscrirai comme Altaïenne, bien que je sois Telengite. Si les Altaïens sont peu nombreux, peut-être perdrons-nous notre république. Cela a été écrit dans les journaux ».
Il est intéressant d’observer que, dans les journaux, les adresses aux Telengites, les appelant à s’inscrire comme Altaïens, mettent l’accent sur le fait que cela ne change rien dans les faits : « Je ne vous incite pas à oublier que vous êtes Telengites. Cette connaissance restera au fond de chacun. Mais on nous connaît dans le monde comme des Altaïens, et mieux vaut que cela reste ainsi »[23] ; « …même lorsque nous étions inscrits comme Altaïens dans les passeports, nous continuions à nous considérer comme des Telengites. Et si nous nous inscrivons au recensement comme Altaïens, cela ne changera rien à ceci. »[24].
Seuls quelques fonctionnaires de l’administration locale ont tenté de nier le problème et ont cherché à affirmer l’appartenance de la population qu’ils administrent au groupe des Altaïens. L’un d’entre eux a même affirmé que l’actuel recensement sera l’ultime source de débat sur la « question nationale », et que, de façon analogue à la disparition de la mention de la nationalité sur le passeport russe, cette question sortira des recensements futurs et il n’y sera plus fait mention. Seuls quelques ethnographes et statisticiens continueront à s’y intéresser, à partir de sources anciennes.
Dernier ethnonyme évoqué, celui d’Oïrot, qui apparaît aussi dans le débat ayant précédé le recensement, même s’il est plutôt périphérique. Durant l’existence de la région autonome d’Oïrotie, les populations indigènes de l’Altaï étaient ainsi désignées. Cette dénomination s’est conservée dans la mémoire populaire, d’autant plus qu’elle n’est pas tant associée à cette brève période de l’histoire soviétique, mais à l’ancien gouvernement des Oïrotes, dont les habitants turcophones de la république de l’Altaï montagneux se considèrent aujourd’hui comme les descendants. Dans le quotidien Altajdin Cholmony, un article propose de « nommer la « population allogène » par les ethnonymes historiques « Tele », « Turcs » et Oïrotes, pour se souvenir de ses ancêtres, plutôt que diviser la population selon le dialecte »[25]. L’auteur de l’article cherche ainsi à contourner la perception des Telengites, Toubalares ou Chelkanes en tant que peuple séparé, refusant de se désigner comme Altaïen, en leur proposant d’en revenir à un peuple ancestral, commun à tous.
Nous n’avons cependant rencontré qu’un seul Telengite, résidant à Kosh-Agach, où il n’y eut pas de campagne analogue à celle d’Oulagane, en faveur d’une déclaration des Telengites comme tels, qui ait exprimé son souhait de se déclarer Oïrote : « Moi, je n’aime pas ce terme, Altaïen. Voyez, mais autrefois on nous appelait Oïrotes, cela, c’est mieux. Ce nom sonne plus orgueilleusement, plus agressivement ; Oirotes. […]Je m’inscrirai comme un Oïrote, j’en suis sûr. Ils seront obligés de m’inscrire ainsi, comme je leur dirai. En fait, il aurait fallu s’adresser, à la veille du recensement, à tout notre peuple, pour qu’ils s’inscrivent tous comme Oïrote, mais, désormais, il est bien entendu trop tard ». Bien entendu, il n’est pas possible de donner une quelconque généralité à un tel discours, qui exprimait plus l’épate qu’un raisonnement qui aurait suivi une quelconque campagne locale.
Nos observations de terrains, à propos de la désignation « Telengites », témoignent que les discussions portant sur l’unité ou la division du territoire renvoient à des positions régionalistes s’opposant à des positions centralistes, plus qu’à des positions qu’on pourrait qualifier de nationalisme ethnique. Il est vrai que certains partisans de l’unité de l’Altaï utilisent parfois des arguments de type ethnographiques, comme la langue ou la culture (« … Des vrais Altaïens vivent à Oulagane et Kosh-Agash. Leurs ancêtres qui vivaient dans l’Altaï du centre sont venus à Oulagane, depuis le lac Teletse. Nous sommes un peuple unique, nous avons une histoire et une patrie (rodina). Nous sommes tous d’un seul nid (gnezdo), nous sommes de cœur issus de l’ancien peuple turc »[26] ; « Selon les linguistes, la langue, que parlent les Telengites, n’est même pas un dialecte (dialekt), c’est seulement un parler (govor) »[27], etc.). Cependant, les Telengites n’insistent pas sur leur « spécificité » ethniques. Les mythes de type ethno-génétiques ne semblent pas plus d’actualités, ni l’argumentation historique, dans ce débat.
Cela s’explique en partie, à nos yeux, par l’existence d’une autre forme d’identité qui n’est pas prise en compte par le recensement et dont l’affirmation a repris beaucoup d’actualité. Il s’agit de la catégorie de « seok » (terme de langue altaïenne, dont la signification littérale est « os » par opposition à « chair »), qui constituent des unités patrilinéaires exogames, que la majeure partie des recherches ethnographiques identifient comme des clans. Ces clans patrilinéaires sont bien connus dans les populations de la région et l’opposition entre « os » (kost) et « chair » (formes matrilinéaires) est répandue dans les populations turques, identifiées[28]. Ces clans ne sont pas propres à un peuple ni à un territoire mais recouvrent de façon transversale plusieurs de ces peuples et plusieurs territoires. Ainsi, les Altaï-kiži compteraient selon certains 31 clans, 36 selon d’autres, les Telengites de Chouï comptent quinze clans. Onze de ces clans sont communs aux deux groupes, couvrant environ 48% des premiers et 92% des seconds. De la même manière les mêmes clans se rencontrent parmi les Altaï-Kiži et les Bachatskie Teleoutes[29]. De plus, « un seul et même clan peut se trouver sur les rives de la Volga, en Sibérie et près de la grande muraille »(Verbitskij, 1893). Ainsi, les clans kypchak, mundus, orgonchy, najman (majman), choros, merkit, togus, kuzen, tirgesh, d’autres encores, sont identifiés chez les Bashkirs, les Nogaïs, les Azéris, les Tatars de Sibérie, les Kirghizes, Kazakhs, Ouzbeks. D’autres clans, communs aux peuples de l’Altaï, se trouvent chez les habitants de Touva, les Khakasses, et la population de la Mongolie occidentale, comme les irkit, todosh, sojon, jabak, d’eti-sary, bajlagas, etc. et chez les kalmyks les ojrots, merkits, choros, dorbot, d’eti-sary, etc. (Ekeev, 2002). L’enquête de Shvetsov de 1897 avait identifié la plupart de ces clans.
L’appartenance à un clan particulier semble, à partir de nos observations de terrain, la forme la plus importante et la plus évidente d’identification. Les mythes des origines renvoient avant tout aux clans, et non aux groupes ethniques. Chaque clan possède ainsi sa propre histoire, ainsi que son ancêtre, souvent ancêtre totémique. Ainsi, le chef du clan chapty est supposé être né d’une mère du clan todosh et de père inconnu, et l’ancêtre du clan mundus, est né d’une fille du clan kypchak, qui « a avalé trois petits grêlons et a donné naissance ». Suite à cela, la jeune fille s’est mariée et a donné naissance à un fils, qu’on a appelé tiolios (Potapov, 1969).
Les ancêtres des clans prennent parfois des formes animales, oiseaux ou poissons. Ainsi, les kypchaks proviennent, selon une légende, d’un serpent (littéralement ; « sont venu de l’intérieur du serpent jaune »[30], et selon une autre – d’un pignon de cèdre, emporté par une grue dans son nid[31]. Les noms des clans irkit, murkut et merkit, selon une étymologie populaire, proviennent des mots murkut (aigle royal), c’est-à-dire, comme le dit la légende, leur ancêtre le plus ancien était un aigle royal, transformé par la volonté de dieu en un homme[32]. Parfois un dieu est désigné comme l’ancêtre premier d’un clan[33].
De telles légendes fournissent le fondement des représentations des relations de sang rattachant entre eux les divers clans. Ce type de parenté est désigné par le terme « karyndash », littéralement « d’un même utérus », renvoyant à l’autre dimension, ici matrilinéaire, de la lignée, à la « chair » et provoquent certains interdits supplémentaires de mariage. Selon N. Ekeev, des relations de karyndash, au seuil du 20ème siècle, reliaient entre elles les deux-tiers de la population, désignés par le terme « Altaïtsy du sud ».
Les clans sont aussi rattachés couramment, dans les conversations, à des traits de caractères ou de comportement.
Ils jouent aujourd’hui un rôle manifeste dans la société de l’Altaï. Les habitants nous ont toujours indiqué, sans presque aucune hésitation, à quel clan ils appartiennent. Il apparaît normal de connaître ses ancêtres depuis sept générations et l’exogamie est affirmée et semble largement pratiquée. Bien entendu, elle n’est pas systématique, mais une endogamie est souvent jugée comme inacceptable ou contraire à la morale. La question de l’appartenance clanique d’un enfant né hors mariage ou dont le père ne fait pas partie des populations de l’Altaï, est souvent évoquée. Ainsi, un représentant d’une communauté des peuples de l’Altaï, le El Bashi, nous a raconté qu’il s’est adressée aux mères célibataires dans les journaux, en les appelant à communiquer auprès de leurs enfants, lorsqu’ils atteindront 15-16 ans, le clan de leur père.
Une autre fonction traditionnelle du clan est souvent évoquée avec nostalgie : celle d’une justice coutumière. El Bashi nous a ainsi indiqué que, pour les personnes ayant accompli des actes illégaux ou ayant des comportements socialement rejetés, le jugement des anciens (les zaïsanes), qui a un fort poids moral, est bien plus important et efficace que le jugement d’un tribunal et la peine encourue. Cependant, de telles déclarations sont plus l’expression d’une nostalgie abstraite, puisqu’elles ne sont pas assorties d’une revendication d’insertion d’une telle pratique dans la société de l’Altaï contemporain.
En revanche, les personnes avec lesquelles nous nous sommes entretenues ont refusé de voir dans le clan un facteur d’influence politique. L’exogamie qui conduit à l’établissement de nombreux liens de mariage entre clans est présenté comme rendant difficile une fonction politique, et en particulier les rivalités qui en découleraient entre les clans. Il semblerait donc, mais nous n’avons pas réalisé d’observations précises et systématiques sur cette question, qu’il n’y ait pas de relation entre l’appartenance à un clan particulier et l’obtention d’une position particulière dans la hiérarchie des pouvoirs locaux aussi bien que centraux. En tout cas, l’absence de relation nous a été répétées plusieurs fois. Shvetsov soulignait déjà, en 1897, que « les clans, dont les membres disposent du droit exclusif d’être élus comme zaïsanes, ne forment pas une aristocratie et ne se distinguent en rien des autres : même le fils ou le frère d’un zaïsane ne bénéficiera d’aucun privilège »[34]. On peut y voir une forme de continuité dans la volonté d’affirmer une neutralité politique et sociale du clan.
Plus largement, le double lien, patrilinéaire et matrilinéaire conduit les habitants de l’Altaï à se présenter sous la forme d’une société dont la cohérence et donc l’homogénéité, ne tient pas aux critères ethnographiques issus de la tradition russe du 19ème siècle, mais aux relations qui traversent l’ensemble de cette population.
La volonté de profiter du recensement pour recenser les clans des populations de l’Altaï fut exprimée à la réunion de la société des Altaïens (gorodskij kurultaj Altaïtsev) en janvier 1999, en affirmant que « les données sur le nombre de clans sont indispensables pour organiser un système d’auto-gouvernement, comme cela se passait aux siècles précédent (16ème et 17ème siècles) quand les populations de l’Altaï faisaient parties des Dzyngares »[35].
Les tentatives d’utiliser la structure des liens de parenté pour organiser et unifier la société de l’Altaï ont été entreprises au tournant des années 1980 et 1990. Des fêtes associées à divers clans furent organisées, à partir d’une fête qui rassemble, en 1989, les membres du clan maïmane (naïmane). Comme le reconnaît un témoin et participant de cette première fête, l’ethnographe V. Kydyeva[36], les participants divers autant que les organisateurs n’avaient pas d’idée très précise sur le but et les modalités d’une telle fête, qui faisait partie du renouveau national et culturel alors en vigueur. L’idée en était venue aux représentants des générations âgées. L’essentiel était, manifestement, d’impulser un renouveau de la fonction claniques, fondé sur une rencontre entre représentants d’un même clan, venant des divers régions de la république de l’Altaï, ainsi que d’étudier les structures de parenté du clan des Maïmanes sur onze générations, l’établissement de symboles, en particulier d’une stèle portant le symbole du clan, l’érection d’autels – des oboo, où chacun des participants devaient poser sa pierre. Mais, dès cette première réunion il fut question du choix d’un représentant, le zaïsane : « Cette question n’avait pas été évoquée au préalable, mais, lorsqu’un des initiateurs de cette fête proposa que l’on choisisse un zaïsane et, avançant une candidature, la mit aux voix, tous votèrent d’une seule voix. D’ailleurs, personne ne comprenait alors le rôle et la fonction d’un zaïsane. Le terme même de « zaïsane » était inhabituel, reconnu comme celui d’un oppresseur plutôt que comme celui d’un protecteur et d’un défenseur. Le caractère inhabituel de ce mot passa l’épreuve de la discussion. Ce terme dissonant au début, est devenu désormais habituel. Après que les Maïmane eurent choisi un zaïsane, ce fut au tour des Mundus, Kypchak, Toolos, Saal de le faire. Et, il y a peu, la question de coordonner l’activité de tous les zaïsan fut posée. »[37]
Il s’agissait donc bien de créer une institution sociale pseudo-traditionnelle, et d’établir un réseau de personnalités influentes fondé sur cette institution créée de façon volontaire. Cependant, cette institution n’eut pas de réel succès, les zaïsanes des clans n’ayant manifestement pas de réelle influence, ni politique, ni sociale.
Le développement de ces réflexions autour de la naissance ou renaissance d’une forme d’identité conduisit à la manifestation d’une reconnaissance institutionnelle par le recensement. En janvier 2002, l’institut de recherches en sciences humaines de la République de l’Altaï, le Kurultaj du peuple de l’Altaï, l’assemblée des peuples de la République de l’Altaï, le conseil des zaïsanes, de l’Altaï et l’organisation sociale « Ene til ») (« Langue maternelle ») se sont tournés vers le gouvernement de la république de l’Altaï pour demander de réaliser un recensement des clans (des seok) conjointement avec le recensement de la population. Cette demande était justifiée, il est vrai, exclusivement par la nécessité « d’étudier l’ethnie des Altaïens (Altaïskij etnos), de différents points de vue : génétique des populations, histoire, ethnographie, folklore, linguistique, etc. ». A cette lettre collective étaient joints deux documents, « La liste des clans (rody-seoki) des Altaïtsy », comportant 80 dénominations, et le « mémoire pour les enquêteurs », précisant de quelle manière identifier l’appartenance à un clan. Dans le cas d’un enfant né hors mariage, ce mémorandum précisait que « L’agent recenseur doit au début, savoir si l’intéressé connaît son clan. […] Dans le cas contraire, il doit, en second lieu, […] poser une question sur la nationalité de son père biologique. Si le père de l’enquêté est Altaïen, il faut alors demander le clan du père. Il est tout à fait possible que l’enfant se rattache au clan de sa mère. Dans ce cas, on doit en faire état dans une case « Remarque ». Si le père de l’enfant est le représentant d’une autre nationalité, il faut alors poser une question pour connaître si cette nationalité fait partie des ethnies (etnos) de langue turque ou mongole, qui ont aussi leurs propres clans. Il faut alors indiquer le clan du père et dans la case « Remarque », indiquer la nationalité du père. Si le père de l’enfant est le représentant de toute autre nationalité, il peut, selon son désir ou le désir de sa mère, se rattacher au clan de sa mère. Il faut alors indiquer en remarque l’appartenance nationale du père[38] ».
A la fin du 19ème siècles, Shvetsov avait observé des règles plus complexes : « Les enfants légitimes appartiennent au clan de leur père… Il en est tout différemment, lorsqu’il s’agit d’un enfant illégitime, né d’une fille célibataire ou d’une veuve. […] Selon les mots des Altaïens, les mères ne trouvent pas toujours utile dans de telles situations, de préciser le vrai père, et peuvent mentionner n’importe quel homme, et il n’y a ainsi aucune preuve de la vérité de ces déclarations, obtenues par une questions, posée, par exemple, à l’homme en question. [Si la mère] ne souhaite pas, pour une raison ou une autre, indiquer le père de son enfant, alors on rattache ce dernier au clan de son grand-père maternel[39] ».
Il ne fut pas possible de mettre en œuvre cette proposition, la loi fédérale sur le recensement interdisant de conduire toute opération complémentaire d’enquête au moment de cette opération. El Bashi a suggéré que, malgré tout, une telle opération serait organisée prochainement, réalisée par les administrations rurales.
El Bashi était lui même, avant de devenir président de kurul’taja Altaïtsev, Zaïsane des Kypchaki, l’un des clans les plus importants. Il est convaincu que l’appartenance clanique est bien plus importante que toute appartenance nationale, importance fortement symbolique : selon ses mots, les Kypchaki pourraient être plusieurs millions dans le monde, puisqu’ils sont présents non seulement dans l’Altaï, mais aussi au Kazakhstan, en Ouzbékistan, en Mongolie et en Chine, alors qu’il n’y a que 60 mille Altaïens. Pour soutenir l’importance de ces catégories claniques, il dénie toute importance à l’origine ethnique dans la conception nationale, considérant que les dénominations « Altaïen » ou « Telengite » sont des ethnonymes différents du même peuple, « Altaïen », importés de l’extérieur, par les Russes, pour s’opposer aux structures claniques qui ne s’inséraient pas dans leur schéma de pensée. La différenciation de la population en différents peuples ou différentes ethnies n’a donc, selon lui, aucun sens. Il ne rejette pas pour autant la catégorie « nationalité », mais lui donne une autre interprétation : « Je n’ai pas dans la tête l’idée de m’identifier au recensement comme Kypchak, car ce n’est pas une nationalité. En terme national, je suis Altaïen, comme nous le sommes tous ». Il est évident que, dans ce cas, la nationalité désigne une formulation politique (forme de citoyenneté régionale et républicaine).
Cette importance du clan, soulignée partout, que ce soit à Oulagane, à Ongoudaï ou à Gorno-Altaïsk, éclaire en partie le débat sur la question nationale, orienté vers une dimension régionaliste ou locale, bien plus que sur des arguments de type ethnographiques. Une double réalité de regroupement fonde ces discussions, réalité locale d’abord, les peuples distingués étant rattachés à des territoires, des villages précis. Cette territorialisation oppose les élites locales aux élites régionales, crée des distinctions entre ceux qui circulent, attachés à l’Altaj, et ceux qui sont ancrés dans une localité particulière, revendiquant leur distinction. Le clan deterritorialise en revanche, entièrement, l’identité qui y est attachée, la déterritorialisation allant jusqu’à attacher l’identité à des espaces hors de Russie, vaguement défini, et renvoyant à une unité des peuples mongols dont l’origine est projetée au 12ème ou 13ème siècle. Cette déterritorialisation ne renvoie cependant pas à des revendications unitaires, en terme politique, ou n’est jamais présentée pour justifier un séparatisme avec la Russie.
Le recensement, qui attache chacun au territoire, crée donc le débat autour d’identités admnistratives et locales. De façon un peu paradoxale, la notion ethnographique qui avait justifié la création de ces petits peuples, puisqu’elle était fondé sur une expertise de l’institut d’ethnographie, disparaît presque complètement de la perception locale.
La complexité des identités exprimées par les populations de l’Altaï, dénommée globalement dans la littérature ethnographique soviétique et russe par Altaïens, puis subdivisés en groupes, montre une diversité de composantes des identités qu’il n’est pas possible de hiérarchisés, et qui ne s’excluent pas les uns les autres.
1. La composante clanique (les seoks) se veut déterritorialisée, fondée sur la reconnaissance d’une relation de parenté entre les personnes, qui renvoie à une origine mythique commune, un ancêtre commun, une légende sur la création commune.
2. Les composantes locales, sont attachées à un territoire bien précis et des frontières souvent bien délimitées, vallées, système montagneux, zone géographique naturelle, etc. Elles sont identifiées à travers des toponymes, noms de localités ou de vallées, ou des zones géographiques : Altaï-Kiži, Chuï-Kiži, Cholyshman-Kiži, Maïmalar, Ïysh-Kiži (littéralement – ceux de de la Taïga montagneuse), etc. Certaines de ces dénominations sont perçues aujourd’hui comme identifiant des groupes ethniques.
3. Une identification ethno-culturelle, fondée sur la représentation de traits culturels communs et tendus vers une auto-représentation à travers des peuples ou ethnies bien déterminés (Altaï-Kiži, Telengites, Toubalares, Chelkanes, Koumandines).
4. Une composante religieuse, presque pas évoquée pendant nos entretien, en raison de la complexité des croyances de ces populations (coexistence de croyances païennes voire chamanistes et de l'orthodoxie, depuis le deuxième partie de 18ème siècle, du bourkhanisme, depuis les années 1920, et, plus récemment, de l'islam ; la faible religiosité et la diversité de cultes païens locaux (des divinités étant spécifiques à chaque clan) expliquent aussi cette discrétion. La population n’a jamais partagé une religion unique et les frontières religieuses traditionnelles coïncident partiellement avec les frontières claniques.
5. Une composante historique, c’est à dire une « mémoire » élaborée, construite, d’anciennes tribus et de leur histoire, par exemple la tribu des tele, dont le nom aurait été conservé dans les ethnonymes telengites, telengetes, teleoutes, tioliosses.
6. Une composante politique, administratives et territoriales, formées à travers les différents découpages administratifs et leurs rattachements, qui se sont transformés au cours du 20ème siècle, conduisant aux identifications des Oïrotes puis des Altaïens. « The consciousness of belonging or having belonged to a lasting political entity”[40] est fondateur de formes de nationalismes et de revendication d’identités spécifiques. C’est ainsi que l’État historique des Oïrotes fonde une justification politique à la définition des Altaïens, reconnus équivalents, par N. Ekeev, par exemple, aux Oïrotes.
7. Une composante linguistique, définie par l’appartenance commune au monde turcophone, qui implique une recherche d’une relation privilégiée et d’une référence aux autres peuples turcophones, extérieurs à la région. Actuellement, il ne semble pas qu’une telle orientation soit importante dans l’Altaï, et nous n’avons guère trouvé de référence à un quelconque panturquisme, même si on trouve parfois un appel à s’identifier comme Turc durant le recensement[41].
Cependant, ces formes d’expression d’identités diverses, concurrentes ou complémentaires, ne sont pas toutes équivalentes. Les deux premières, et en partie la troisième, se sont formés de l’intérieur de la population, au sein de débats locaux ou de transmission. Les autres formes sont plus extérieures, théorisées ou formulées par les États dans lesquels ces territoires étaient inclus (le khanat des Džungars (l’Oïrotie), l’Empire russe, l’URSS), aussi bien que par les scientifiques (ethnographes, linguistes) qui, depuis le milieu du 19ème siècle, élaborent des classifications des langues et des peuples, reprises parfois à leur compte par les populations vivant sur ces territoires, aussi bien que par leurs élites. Ainsi, les Telengites furent, en partie, isolés par l’administration tsariste, qui distingua, comme catégorie particulière, les tribus nomades qui payaient aussi tribu aux Chinois jusqu’en 1865. Pour cette raison ils furent désignés par les Russes comme « à double sujétion » (dvoedantsy). Ils furent ensuite rattachés au premier et second volost de Chuï, alors que les autres tribus nomades du sud de l’Altaï, désormais dénommés Altaï-Kiži, furent rattachés à sept unités administratives, les dïouchines.
L’existence d’une forme identitaire turque est aussi à rapprocher du fait que ces populations furent souvent désignés par les Russes comme Tatares, comme le fait Radlov, parlant des « Tatars du Nord de l’Altaï » et des « Tatars de l’Altaï ». Cela explique que les Teleoutes, Shortses et Koumandines s’appelèrent parfois Tatars-Kižileres et dénommèrent leur langue, la langue tatare (tadar tili) (Funk, 1999).
Ces formes se modifient avec le temps, certaines d’entre elles apparaissant durant certaines périodes, se renforçant puis s’atténuant ou disparaissant. Il est certain que durant le 19ème siècle, les liens territoriaux se formèrent en partie au détriment des liens claniques. Le processus volontaire dénommé « consolidation ethnique » de la période soviétique conduisit à agréger autour d’une « nationalité titulaire » tout les autres groupes, quels qu’ils soient, prédominant dans la région. Le processus de renaissance nationale au tournant des années 1980 a fait réemerger des formes claniques d’identité, perçues par les élites intellectuelles locales comme un symbole de la renaissance d’une autonomie. Les groupes perçus auparavant comme sous-ethnies par l’ethnographie soviétique ont aussi revendiqué le statut d’ethnie, pour s’affranchir des dénominations qui englobait, sous le terme « Altaïens », l’ensemble de la population turcophone de la région. Cependant, cette demande rencontra une forte opposition des élites du centre de la république, craignant une remise en cause de leur autonomie.
La place de l’État dans tous ces processus est très importante, par l’intermédiaire dont il catégorise ses sujets. Le passeport (en particulier le passeport soviétique avec sa fameuse ligne indiquant la « nationalité ») et le recensement constituent des formes fondamentales de cette catégorisations. L’idée nationale chez les bolcheviques s’opposait violemment aux formes sociales fondées sur l’origine et le clan, et à la dispersion nationale, une fois la territorialisation administrative établie. Les Toubalares, Teleoutes ou Koumandines n’étaient traités que comme des sous-groupes des Oïrotes, puis des Altaïens, sauf durant le recensement de 1926, qui a recensé les Altaïens, Telengites, Oïrotes, Koumandines et Teleoutes En 1926 il n’y avait que 3,5% d’Oïrotes (1477 personnes) alors que le territoire s’appelait déjà Oïrotie. Ils étaient cependant, en 1939, 39285, regroupés autour de la « nationalité titulaire ».
Nos observations ne sont que partielles et temporaires et exigeraient une recherche plus approfondies pour conduire à des conclusions mieux appuyées. Nous pouvons cependant formuler trois conclusions, à titre d’hypothèse. La première porte sur les formes d’identité, la seconde sur revendications claniques et la troisième sur la situation des petits peuples.
Les formes ethniques des identités des populations allogènes de l’Altaï montagneux n’en sont pas les formes dominantes. Ceci coïncide avec un ensemble de particularités qui semblent bien établies : Ce n’est pas le groupe ethnique, construit sur la base d’une démarche plus souvent proposée par les ethnologues russes puis soviétiques, dans le cadre de leur conception nationale d’ethnographie, mais le clan, qui est fondé sur la pensée d’une origine commune et d’une parenté de sang. Un des fondements principaux d’un nationalisme ethnique, celui rattaché à l’affirmation d’une communauté de sang, est donc ici absent. ; l’appartenance ethnique revendiquée est alors mouvante, au cours de la vie, ainsi qu’à partir d’une multiplicité des représentations savantes ;la résurgence de l’ethnicité dans le débat public s’est fondé, dans l’Altaï sur un retour à la représentation clanique qui apparaissait comme une meilleure expression de la représentation traditionnelle locale, moins marqué par « l’importation » d’une représentation ethnographique venue de l’extérieur ; l’argumentation « ethnographique » n’a pas dominé le débat ayant précédé le recensement, l’argumentation politique étant sur le devant de la scène ; dès la réalisation du recensement, la presse cessa de présenter les termes du débat ethnographique ; ethnographique ; enfin le débat actuel est lié à l'initiative des représentants de la région de l’Altaï d'organiser un référendum, initiative qui vise à réunir les deux sujets de la Fédération, la région de l’Altaï et la république de l’Altaï montagneux. Les arguments utilisés dans ce débat ont des fondements ethniques: les uns parlant du danger que provoque l'existence même d’une république nationale au confins de la Russie; les autres qualifiant de tels raisonnements comme provoquant des tensions interethnique.
Il est en revanche plus délicat de percevoir les conséquences de la réactualisation d’une représentation clanique. D’un côté, on peut supposer que le processus de renaissance des clans et des pratiques culturelles qui entourent cette forme de représentation, peut conduire à un rapprochement entre représentation ethnique et clanique. Rappelons ainsi que dans le recensement actuel, les Kypchak, Naïmanes et Telesses (à la différence des autres clans, près de 70), ont été inclus dans la liste des nationalités.
D’un autre côté, comme le remarque E. Bat’ianova à partir d’une étude des Teleoutes, l’intérêt porté aux clans rapproche des peuples qui se veulent différents, Altaïens et Teleoutes dans ce cas[42], jusqu’à voir développer l’idée, au sein de l’association du peuple des Teleoutes « Ene Baiat », en 1995, de déplacement des Teleoutes de la région de Kemerovo vers l’Altaï[43]. On ne peut exclure qu’une représentation transversale des clans, qui dépasse les frontières de la république de l’Altaï, conduise à la constitution d’un sentiment commun d’appartenance à un groupe unifié, de l’ensemble ou d’une partie des populations se référant à une telle appartenance clanique.
Reste enfin la nature d’une forme d’identité fondée sur la spécification de « petit peuple allogène ». La persistance d’une loi de la Fédération de Russie portant sur ce statut, et son application, constituent bien entendu un facteur privilégiant la subsistance d’une telle forme de désignation. L’activité, souvent jointe, d’associations culturelles nationales, et dans notre cas, de l’Association des petits peuples de la République d’Altaï fournit matière à favoriser cette identification.
En revanche, la position des élites républicaines, et les désavantages qu’ils peuvent en tirer, constituent un facteur important pour relativiser cette identité. La disparition de la ligne identifiant la nationalité sur le passeport de la Fédération de Russie, et la politique qui sera désormais suivie par la direction de la statistique, en matière d’identification et de catégorisation, auront des conséquences dont il est difficile, aujourd’hui, de mesurer les effets. L’importance du recensement pour réactiver les questions que ces identifications font surgir, autant que l’importance du débat qui a accompagné l’élaboration de la loi sur les petits peuples allogènes montre à quel point les représentations de l’administration, lorsqu’elles sont rendues publiques lors d’opérations administratives touchant une large population, fournissent matière à rediscussion des identités affirmées ou attribuées, et font surgir des formes apparemment oubliées aussi bien que disparaître d’autres formes. Enfin, le modèle de développement de l’État russe qui sera suivi aura bien entendu de fortes conséquences sur ce processus : soit il s’oriente vers la formation d’un État où la citoyenneté domine, et dans lequel les découpages territoriaux s’unifient autour d’une structure de type régionale, soit il conserve les principes ethno-territoriaux qui ont prédominé durant la période soviétique et restent encore vivants.
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[1] Institut National d’Etudes Démographiques, 133 Bd Davout, 75980 Paris cedex 20, France ; blum@ined.fr.
[2] Institut d'ethnologie et d’anthropologie de l'Académie des sciences de Russie, 32-a Leninsky prospekt, 117336 Moscou, Russie ; fvr@east.ru.
[3] Ekeev, Altaïskaja etnogonija...
[4] Posobiia pri razrabotke pervoj vseobshchej perepisi naseleniia ; Gruppirovka narodnostej Rossiiskoj Imperii po iazyku.
[5] S. Patkanov, introduction au volume 79 du recensement de la population de l’empire de 1897, Tomskaia guberniia.
[6] Shvetsov, S.P., Gornyj Altaj i ego naselenie,
[7] E. Lutsenko, « Poezdka k
altajskim telengitam », Zemlevedenie,
1898, 1-2.
[8] Vsesojuznaja
perpeis’ naseleniia 1939 goda. Osnovnye itogi,
Moscou, Nauka, 1992, p.247.
[9] Loi fédérale du 30 avril 1999, n° 82-F3. Prise le 16 avril 1999 par la Duma et entérinée par le conseil de la Fédération le 22 avril 1999.
[10] Cette définition reprend pratiquement mot pour mot celle prise de la loi de la Fédération de Russie « Sur les fondement de la régulation administrative de la croissance socio-économique du Nord » de 1966, où la signification de « Petits peuples indigènes du Nord » fut formulée pour la première fois dans la pratique législative de l’URSS. Jusqu’à cette loi fédérale, régulant le statut juridique de cette catégorie de population, la politique nationale vis-à-vis de ces peuples était fondée sur des normes, écrites en détail et explicitement dans divers lois et actes normatifs – du code de la terre et des forêts ou la loi fédérale sur « le monde animal » jusqu’à la loi « Sur les principe généraux d’organisation de l’autoadministration en Fédération de Russie » ou les « Fondements de la législation de la Fédération de Russie sur la culture ».
[11] Funk, D. « Obsuždenie proekta zakona Rossijskoj Federatsii « Osnovy pravovogo statusa korennykh narodov Severa » », Etnograficheskoe obozrenie, 1995.
[12] Décret du Conseil des Nationalités de la Fédération de Russie du 24 février 1993.
[13] Lettre du premier vice président du gouvernement de la république de l’Altaï, Iou. Antaradonov, au Ministre de la politique nationale de la Fédération de Russie, R. Abdulatipov, 29/12/1998 (base de données de ..).
[14] Il y avait, en 1989, 69,4 milles Altaïens, dont 59,1 mille dans la région autonome de l’Altaï montagneux. Si on retire des Altaïens les 5 peuples désormais autonomes, on peut sans aucun doute penser que le nombre d’Altaïens qui se désigneront ainsi au recensement sera inférieur à 50 mille.
[15] N. Tadina, S. Iabyshtaev, “République ou district autonome (avtonomnyj okrug)?”, Biulleten’ Seti etnologicheskogo monitoringa i rannego predupreždeniia konflktov, Red. V. Tishkov, E. Fillippova, 32, 2000.
[16] Ce document se trovue dans la base de donnée de l’Institut d’ethnologie et d’anthropologie de l’Académie des sciences de Russie (http://www.).
[17] Altajdyn
Cholmony,
[18] Ibid.,
[19] Ibid,
[20] Ibid,
[21] Ibid,
[22] Le recensement a eu lieu au mois d’août 2002 dans la plupart des villages de ce district, d’accès difficile.
[23] « Lettre ouverte à mes frères et sœurs, … »
[24] Altajdyn Cholmony,
[25] Altaïdyn Cholmony,
[26] Lettre ouverte à mes frères et sœurs…
[27] Altaïdyn Cholmony, 3 août 2002, 117.
[28] Boris-Mathieu Petric, Pouvoir, don et réseaux en Ouzbékistan post-soviétique, Le Monde/PUF, Coll. « Partage du savoir », Paris, 2002 . Boris Petric souligne que Levi-Strauss avait identifier ces désignations. Dans ces représentations, l’homme transmettrait les os, et la femme la chair des individus. La transmission matrilinéaire est donc importante, mais a d’autres fondements que le lignage patrilinéaire.
[29] N. Ekeev, Altaïskja etnogonija, ; Potapov, 1969.
[30] Potanin, G.N., Ocherki Severo-Zapadnoj Mongolii, St-Pb, 1883, Vyp. 4
[31] Akulova, T., Altaïdyn Cholmony, 29 mars 1985.
[32] Dyrenkova, N. Rod, “klassifikationnaja sistema rodstva i brachnye normy u Altaïtsev i Teleoute”,Materialy po svad’be I semejno-rodovomy stroju narodov SSSR, Léningrad, 1926.
[33] Bat’janova, E.P. Rod i obshchina u Teleouteov v XIX-XX vekah, Avtoreferat dissertatsii na soiskanie uchenoj stepeni kandidata istoricheskih nauk, Mosocou, 2002.
[34] S.P. Shvetsov,
op. cit., tome 1, p. 236.
[35] Tadina, N. et Iabyshtaev,
S., « Gorodskoj Kurultaj
Altaïtsev », Bjulleten’ Seti etnologicheskogo
monitoringa I rannego predupreždenija konfliktov, 23,
1999.
[36] Kydyeva, V. , « O prazdnike Altaïskih seokov », Problemy etnicheskoj istorii I kult’tury tjurkomongol’skih
[37] V. Kydyev,
[38] Archives électroniques de l’institut d’anthropologie et d’ethnologie.
[39] Shvetsov, S.P., op. cit., tome
1, p. 108.
[40] E.J. Hobsbawm, Nations and nationalism since 1870, Cambridge
University Press, 1991, p. 73.
[41] Altïdyn Cholmony,
[42] Bat’ianova, 2002, p. 32.
[43] Funk, 1999, p. 122-123.