Un contexte politique
complexe et tendu
République limitrophe de la Tchétchénie (à
l’est), l’Ingouchie, devenue souveraine en 1992 suite à la
déclaration d’indépendance unilatérale de la
Tchétchénie par le président Doudaev en 1991,
hérite d’un contexte politique complexe, très lié à
la question de la république sécessionniste et des conflits
afférents. Depuis le second conflit, qui a debuté à
l’automne 1999, cette république a accueilli en grand nombre des
déplacés de Tchétchénie, fuyant les
hostilités militaires et les nombreuses violations des droits de l’homme
perpétrées jusqu'à présent par les parties
prenantes au conflit, et documentées par de nombreuses ONG. En outre, le
tableau ne sera pas complet, sans mentionner le conflit de 1992 avec la
république voisine (a l’ouest) de l’Ossétie du Nord, qui avait
pour enjeu territorial essentiel le district de Prigorodni (région
d’Ossétie du Nord, peuplée majoritairement d’Ingouches ethniques)
et qui s’est soldé par un afflux massif de deplacés ingouches.
Ces facteurs conflictuels structurels, avec les déplacements
dramatiques de population[2],
font de l’Ingouchie une zone d’instabilité chronique aux marches
méridionales de la Russie, et une zone stratégique, dont le
contrôle est l’une des cartes essentielles de la politique nord
caucasienne de l’exécutif russe.
Ainsi une lecture du recensement en Ingouchie nécessite la prise
en compte de ce contexte régional pathogène – car les enjeux
politiques du recensement sont réels pour la petite république,
s’articulant autour de la question des déplacés, dont l’existence
même témoigne d’une situation politique non normalisée.
Malgré ce contexte de tensions politiques structurelles,
aggravées par une actualité préoccupante, la
préparation du recensement, comme le recensement se sont
effectués sans incident majeur. La campagne d’information du public a
été satisfaisante (articles dans la presse locale, nombreuses
affiches en russe et ingouche, soutien des autorités spirituelles…).
D’une manière générale, la couverture médiatique
locale relayait les incitations des autorités à se faire recenser
et éclaircissait certains points pratiques du processus de recensement,
sans toutefois aborder les problèmes suscités par ce recensement,
contrairement a certains media fédéraux. Mais les media locaux
sont financés ou étroitement contrôlés par les
autorités.
Quant au contenu du recensement même, les questions de nationalité
ou de langue n’ont visiblement pas pose de problèmes particuliers
(hormis pour certains groupes ethniques)- et d’après plusieurs
témoignages les individus recensés ont répondu de
manière assez honnête. La partie socio-économique de
l’enquête a pu toutefois être l’objet de dissimulations, selon
plusieurs observateurs, par peur que les informations ne soient
divulguées a l’inspection fiscale ou même aux groupes criminels
specialisés dans le kidnapping crapuleux.
Des conditions sécuritaires et administratives
peu propices au travail d’observation
Les conditions sécuritaires d’un séjour en Ingouchie
délimitent un champ d’action assez limité, compte tenu des
risques endémiques de kidnapping, propre a la région et au
contexte. Ainsi jusqu’au dernier moment, la possibilité d’une mission en
Ingouchie restait en suspens, étant même
déconseillée par un membre russe du projet d’observation du
recensement.
Il est vrai que les événements précédant le
recensement ont aggravé l’insécurité structurelle :
en septembre 2002, les troupes du chef de guerre tchétchène
Guelaiev ont pénétré en Ingouchie dans la région
montagneuse de Galashki, entraînant des combats importants avec les
forces fédérales russes stationnées sur site, provoquant
le départ sur Moscou d’un grand nombre d’expatriés, travaillant
pour les différentes organisations humanitaires actives en Ingouchie.
Malgré ces derniers développements, j’ai
décidé de maintenir cette mission, néanmoins conscient de
l’impossibilité de me rendre dans les régions les plus à
risque d’Ingouchie (au sud de la république).
Qui plus est, le travail d’observation que je devais mener a
été rendu difficile par l’interdiction qui m’a été
signifiée par le Président du Goskomstat ingouche (l’organe
étatique organisant sur place le recensement) de suivre, d’interviewer
les agent recenseurs, prétextant une instruction fédérale
très claire et mentionnant spécifiquement notre projet. Ainsi il
ne m’a pas été possible d’obtenir de la part des autorités
des informations précises sur la préparation comme sur les
problèmes rencontres dans l’organisation du recensement- mon
interlocuteur au Goskomstat me faisant comprendre l’omniprésence des
organes de sécurité d’Etat surveillant de façon très
vigilante et officieuse le processus du recensement.
En conséquence j’ai été contraint a un travail
d’observation discret avec des objectifs nécessairement plus qualitatifs
que quantitatifs, essayant d’aborder a travers des entretiens informels des
situations différentes, spécifiques et représentatives des
problèmes de l’Ingouchie : individus recensés ou non (IDP,
tchétchènes, ingouches) dans différentes localités
(camps de déplacés, camps spontanés de
déplacés, tchétchènes, ingouches, habitations
privées) dans les districts de Nazran, Karaboulak, Sleptsovskaya et
Malgobek (en Ingouchie) et dans le district de Prigorodni (en Ossétie du
Nord). J’ai également pu prendre l’attache des ONG ou des OIG actives
dans le domaine de la protection des déplacés (Mémorial,
Vesta, UNHCR).
Recenser les deplaces, quels enjeux ?
Dans la période précédant le recensement la
méthode de comptage des déplacés adoptée par les
autorités n’était pas entièrement claire. Selon l’un des
collaborateurs de Vesta, une organisation s’occupant de protection et de
conseil juridique pour les déplacés, que j’ai rencontré un
mois avant le recensement, les autorités pensaient s’appuyer sur les
listes de bénéficiaires de l’aide humanitaire pour comptabiliser
les déplacés (ainsi il était question non de recensement
mais d’estimation). Il semble que deux à trois semaines avant le
recensement, il ait été décidé de recenser la
population déplacée selon les mêmes modalités que la
population générale.
Les autorités avancent le chiffre officiel de 134,000
déplacés en Ingouchie dont 34,000 Ingouches (du district du
Prigorodni), soit environ 100,000 tchétchènes, chiffre
inférieur aux estimations des Nations Unies qui citent le chiffre de
111,000 déplacés
tchétchènes. Parmi ces 34,000 déplacés de
nationalité[3] ingouche,
33,000 n’ont pas de ‘propiska’(c’est-à-dire de permis de
résidence), le motif étant la volonté des autorités
ingouches de voir ces déplacés ‘rentrer’ en Ossétie du
Nord, d’où ils sont originaires et d’où ils ont été
deplaces suite au conflit de 1992.
Pour les deux catégories de déplacés – ingouches
et tchetchenes- les enjeux politiques sont différents et varient selon
les protagonistes.
Les déplacés ingouches en Ossétie
du Nord
Un grand nombre de déplacés ingouches résidant en
Ossétie du Nord dans le district du Prigorodni[4], n’ont
pas été recensés par les agent recenseurs ossètes,
d’où il transparaît sans doute une manœuvre politique
ossète en vue de minimiser la part des ingouches résidant dans la
république, qui s’explique par une compétition territoriale
accrue sur le district du Prigorodni, entre Ossétie du Nord et
l’Ingouchie, héritage du conflit entre les deux républiques de
1992, dont les problèmes
demeurent irrésolus, malgré quelques déclarations
d’intentions des exécutifs ingouches et ossètes de parvenir
à un accord durable de normalisation des relations entre les deux
républiques et de retour significatif des déplacés.
Les déplacés
tchétchènes
Les déplacés[5]
– majoritairement des tchétchènes- sont venus à partir de
l’automne 1999 en Ingouchie. Ils sont a l’heure actuelle logés dans
trois types d’habitation : les camps ‘officiels’ installés par les
autorités compétentes (Emercom et Service fédéral
des migrations), les camps dits ‘spontanés’ (usines désaffectées,
anciennes fermes, hangars…, que les déplacés ont investi), et le
‘secteur privé’ (les déplacés louent des appartements, ou
des chambres ou sont hébergés par des familles ingouches).
Depuis leur installation en Ingouchie, les débats extrêmement politiques autour du nombre de déplacés tchétchènes ont toujours été très vifs, car enjeu d’intérêts contradictoires entre différents protagonistes de la crise tchétchène. La volonté fédérale, c’est-à-dire de l’exécutif russe, de minimiser le nombre des déplacés a pour but de démontrer un retour des déplacés, et donc une normalisation de la situation en Tchétchénie. Cette démonstration vise principalement la communauté internationale, dont certaines institutions comme le Conseil de l’Europe ont profondément irrité le Kremlin dans leurs critiques sur la gestion de la crise tchétchène Il faut également citer le référendum de mars 2003, qui aura lieu en Tchétchénie et qui doit consacrer un projet de constitution pour la Tchétchénie. Cette échéance ne sera que plus légitime, si les déplacés sont rentrés en Tchétchénie à cette date et participent au référendum. Toutes ces raisons expliquent que les autorités fédérales ont intérêt a minimiser le nombre de déplacés en Tchétchénie L’administration tchétchène pro-russe partage bien évidemment le même objectif, d’autant plus que plus important sera le nombre de résidents en Tchétchénie, plus cette administration recevra des dotations budgétaires.
Toutefois, pour les pouvoirs locaux (présidence ingouche) et les
ministères ad hoc, grossir le nombre des déplacés
pourraient leur faire bénéficier de dotations budgétaires
fédérales en augmentation, l’Ingouchie demeurant l’une des
régions les plus pauvres de la Fédération de Russie et
donc largement subventionnée par le Centre fédéral. La
corruption, comme en Tchétchénie, est une pratique très
répandue, comme le détournement d’une partie de l’aide
fédérale et de l’aide humanitaire internationale. Ceci dit, avec
la nouvelle présidence ingouche de Murat Zyazikov, élu avec
l’appui massif du Kremlin, les autorités locales n’ont plus une
très grande liberté de manœuvre.
La politisation significative du recensement des déplacés
tchétchènes se note également dans la perception par ces
déplacés du recensement comme acte politique. En effet, les
entretiens realisés montrent qu’un nombre non négligeable de
déplacés tchétchènes ne se sont pas fait
recensés, peut-être jusqu'à 30%- estiment plusieurs ONG
locales. Il s’agit la d’un refus de participer au recensement qui
s’explique par differents facteurs :
-
positionnement
politique indépendantiste, ou contre les autorités
fédérales
-
peur de la conscription, de rafles ou
d’arrestations pour les jeunes hommes, car crainte que les données du
recensement ne soient communiquées aux organes de
sécurité,
-
acte de protestation contre l’armée,
la ‘puissance occupante’,
Le recensement est alors l’objet d’un acte politique ou d’une crainte,
dans une atmosphère de défiance compréhensible
vis-à-vis des autorités.
Particularités identitaires en Ingouchie :
problèmes d’autodéfinition des sous-groupes ethniques et
religieux.
Si la société ingouche apparaît assez
unifiée, très structurée autour d’une identité
ethnico culturelle, linguistique et religieuse qui ne pose pas problème,
certains segments de la population minoritaires contestent le caractère
monolithique de l’identité ingouche, en constituant des sous-groupes
ethnico-culturels avec des revendications propres d’émancipation, ce qui
se manifeste évidemment lors du recensement, puisqu’il s’agit pour
chaque individu de s’auto-definir selon plusieurs déterminants. Or, tous
les déterminants (ou faisceaux identitaires) ne sont pas pris en compte
dans les formulations des enquêtes.
Deux entités sont à cet égard
concernées :
-
la
communauté religieuse soufie des ‘Batal Hadji’, communauté
ésotérique fondée a la fin du 19eme siècle en
Ingouchie, dont les membres revendiquent une identité religieuse
très forte, surpassant les déterminants ethniques (ethnie
ingouche). Leur nombre exact reste inconnu, mais est estimé à
10,000 personnes, représentant une part non négligeable de la population
ingouche. Des négociations ont été menées jusqu’au
début du recensement entre le Président du Goskomstat et les
leaders communautaires, et ont abouti in fine à l’acceptation de se
faire recenser comme ‘ingouche’- dans la catégorie ‘nationalité’.
Ceci dit, -selon certains témoignages- des membres de cette
communauté ont refusé cette classification, et se seraient
inscrits sous la catégorie ‘autres nationalités’, ce qui marque
une revendication identitaire forte.
La question des ‘Batal Hadji’ pose de manière
plus globale le problème de la reconnaissance de la religion, omise par
les autorités dans le recensement. Or, comme pour d’autres groupes
ethniques, le déterminant religieux peut être central comme
élément de mobilisation identitaire, dans un contexte
d’identités ou de vécus identitaires en crise. Les
phénomènes récents d’escapisme religieux ou de
radicalisation des pratiques religieuses, tant stigmatisés par les
autorités, en témoignent et sont une des composantes du conflit
tchétchène, sans être pour autant une cause essentielle.
Mais cela mérite une analyse à part – que le present texte ne
prétend pas entreprendre.
-
Le groupe des
‘Mialkhi’,qui n’est pas un ‘teipe’ (clan)[6]
à proprement dit, mais un ‘Kotoume’ (regroupement de plusieurs
‘teipes’), dont les membres résident dans la région
frontalière entre l’Ingouchie et la Tchétchénie (le
district de Sounja), et qui parlent une langue propre, constituée a
partir d’apports du tchétchène et de l’ingouche[7],
ont demandé – sans succès - que leur ‘nationalité’ soit
reconnue comme distincte des nationalités ingouche et
tchétchène Les Mialkhi avaient revendiqué d’être
consideres comme une nationalité propre, exigeant durant les
dernières annees du regime soviétique que ‘Mialkhi’ figurent au
nombre des nationalités inscrivables sur le passeport comme il
était d’usage a l’époque. Lors du recensement, les ‘Mialkhi’-
devant l’absence de catégorie propre- ont dû se définir par
défaut soit comme tchétchène ou ingouche, choix qui s’est
opéré en général selon le lieu de résidence,
les Mialkhi résidant en Ingouchie s’étant déclarés
comme ingouches.
Ces deux éléments– et donc le recensement- renvoie donc
une carte faussée ou simplifiée des identités et peut
aboutir a une mobilisation politique, au sens ou le recensement est aussi le
moment ou peuvent se dévoiler non seulement les stratégies
politiques des autorités mais aussi –en réaction- celle des
individus ou des groupes minoritaires.
Bilan du recensement :
irrégularités sur la forme et résultats a priori
contestés
Les observations spontanées et officieuses que j’ai pu faire
dans différentes localités et auprès de differents types
de population, comme les témoignages recueillis, font état d’un
grand nombre d’irrégularités ou d’infractions a la loi sur le
recensement. A titre d’exemple on peut citer :
-
des agent
recenseurs exigeant de voir les documents d’identités des
déplacés
-
des agents
recenseurs ne posant que les questions ayant trait a l’état civil
-
des agent
recenseurs copiant sur un cahier et non sur les enquêtes ad hoc les
réponses des personnes recensées
Ces irrégularités semblent témoigner plus d’un
manque de moyens (formation déficiente, manque d’agents recenseurs,
désir des agents recenseurs de finir au plus vite leur quota
d’enquêtes), que d’une volonté politique des
autorités. A signaler que les
agents recenseurs étaient soit ingouches soit tchétchènes,
ces derniers recensant majoritairement la population tchétchène déplacée-
ce qui est un point assez positif à signaler, puisque cela réduit
les risques d’incompréhension linguistique lors du recensement et les
possibles stigmatisations d’une population, malgré tout bien
tolérée par la population d’accueil.
Ces irrégularités très fréquentes
contestent d’une part le caractère déclaratif et volontaire du
recensement (puisque souvent les agents recenseurs se sont contentés de
recopier les données individuelles figurant sur les documents
d’identité) et prédisent une part d’erreurs, difficiles à
estimer cependant.
Toutefois, et ce dernier point est peut-être le plus
inquiétant, certains hauts fonctionnaires ingouches m’ont dit – sous le
couvert de l’anonymat- que les résultats du recensement pouvaient avoir
été déjà décidés en haut lieu avant
même le recensement, faisant écho aux suspicions extrêmes
qui pèsent sur les résultats partiels du recensement en
Tchétchénie communiques dans la presse.
Sans valider l’hypothèse radicale de résultats
truqués et a priori déterminés, il faut sans doute
s’attendre a des corrections importantes des chiffres bruts, dont le caractère
de “ secret d’Etat ” m’a été signifié par des
interlocuteurs officiels. En réalité, les résultats du
recensement en Ingouchie ont des implications politiques et économiques
si sensibles pour les autorités locales et fédérales,
qu’ils ne peuvent être laissés au seul arbitre des statisticiens
Le recensement en Ingouchie –dans un sujet de la
Fédération qui souffre d’une crise chronique et de facteurs
d’instabilité ravivés par sa proximité
géographique, culturelle et ethnique avec la Tchétchénie -
impose en définitive un questionnement plus politique que ne
révèle des tensions ethniques.
[1] Médecins du monde, coordinateur régional au Caucas du Nord. samfanon@hotmail.com
[2] A cet égard, il faut souligner le poids économique et
politique des deplacés qui représentent plus d’un quart de la
population résidant en Ingouchie (312,000 résidents ‘permanents’
et 134,000 déplacés).
[3] La notion de ‘nationalité’ en russe renvoie à l’appartenance ethnique et non à l’appartenance étatique (citoyenneté). Dans le texte présent, le terme est employé dans son acception russe.
[4] Selon le Service Fédéral des Migrations (FMS) ingouche,
on dénombrait 60,000 personnes de nationalité ingouche en
Ossétie du Nord (majoritairement localisées dans le district du
Prigorodni). 12,000 sont restées après le conflit de 1992, 48,000
ont été ‘rapatriées’ ces dernières années,
sans pour autant récupérer leur habitation.
[5] J’emploie volontairement le terme de ‘déplacés’, bien que le terme de ‘réfugiés’ soit plus répandu dans la presse russe et le langage commun. Ceci dit le droit international (et la loi russe) qualifie de ‘refugiés’ les personnes forcées de quitter leur pays de résidence pour gagner un autre pays. Dans le cas présent, puisqu’il n’y a pas eu de franchissement de frontière étatique, il convient de parler de ‘déplacés’.
[6] Les sociétés tchétchène comme ingouche sont construites autour de la notion de ‘teipe’, qui peut regrouper plusieurs milliers de familles. Les ‘teipes’ se constituent autour d’une histoire commune, connue des membres, et transmises aux jeunes générations, et autour d’un territoire ou lieu d’origine. Dans le code de conduite très stricte de ces deux sociétés, chaque membre est tenu de faire respecter l’honneur de son ‘teipe’ et d’obéir aux recommandations et aux lois coutumières établies par les ainés. Cette institution sociale propre a su résister et s’adapter a l’ordre soviétiques, a connu un regain de légitimité lors de l’indépendance de facto de la Tchétchénie entre 1997 et 1999 et demeure encore aujourd’hui un déterminant primordial très vivace dans les processus d’individuation et dans les pratiques sociales, régissant ou influant la vie personnelle, familiale, communautaire et politique des individus. C’est en quelque sorte l’un des substrats fondamentaux qui font l’identité tchétchène et ingouche.
[7] Si les deux langues ont une grande proximité, des particularités du corpus lexical et l’accent les différencient et font que tchétchènes et ingouches se comprennent, mais se reconnaissent tout de suite comme étant locuteur tchétchène ou ingouche.