le multiculturalisme
par Ronan Le Coadic
|
L |
e terme «multiculturalisme»
a mauvaise presse en France, où il est fréquemment perçu
comme une menace régressive d’éclatement des
sociétés démocratiques modernes – fondées sur la
volonté des citoyens de vivre ensemble – en multiples communautés
ethniques figées, repliées sur elles-mêmes et
négatrices de la liberté individuelle et des valeurs
universelles. Avant d’entamer la discussion, rappelons que le terme
«multiculturalisme» est polysémique : il peut être employé
pour désigner un aspect de la réalité sociologique
contemporaine, la pluralité culturelle; il peut aussi représenter
une conception philosophique du monde ; enfin, il évoque un
ensemble de politiques publiques mises en œuvre afin de gérer la
diversité culturelle[1]. Dans le présent
article, nous tenterons d’appréhender les vertus et les limites du
multiculturalisme en évoquant tour à tour ces trois facettes, et
en commençant par la prise en compte sociologique de la pluralité
culturelle.
Selon ce qu’Ulrich
Beck appelle la « théorie de la société
réceptacle » (the container
theory of society), les sociétés dites
« nationales » sont fondées sur un contrôle
étatique de l’espace, sur lequel la sociologie classique s’est
alignée. L’homogénéité interne des
sociétés, explique-t-il en effet, est essentiellement une
création du contrôle étatique : les pratiques sociales
de toutes sortes sont estampillées et standardisées par
l’État-nation, qui les étiquette comme économie
« nationale », langue « nationale », littérature,
vie publique, histoire « nationales », etc. L’État fait du
territoire qu’il contrôle un réceptacle (container) à l’intérieur duquel toutes les
statistiques économiques et sociales sont systématiquement
collectées, si bien que les catégories de l’auto-observation
étatique deviennent les catégories de la science sociale
empirique et que les définitions sociologiques de la réalité
confirment celles de la bureaucratie[2]…
En outre, la
réflexion qui a été menée aux États-Unis
pendant des décennies sur la diversité culturelle est souvent mal
acceptée dans les milieux scientifiques français :
l’anthropologie culturelle américaine est parfois même
caricaturée. On évoque, en effet, volontiers « le »
culturalisme américain, comme si c’était un système de
pensée unifié, alors qu’il s’agit d’un courant composite ;
on le présente souvent comme substantialiste, alors que, la plupart du
temps, il ne réifie pas la culture ; on lui reproche de figer cette
dernière, alors qu’il en a généralement une vision
évolutive. Enfin, les apports des anthropologues culturels
américains sont souvent sous-estimés : ils ont pourtant
contribué à montrer qu’on ne pouvait plus
méconnaître les façons de penser des autres cultures ou les
réduire à de la sauvagerie, ils ont mis en évidence la
cohérence relative de tous les systèmes culturels et beaucoup
contribué à éliminer la confusion entre nature et culture.
On retiendra, néanmoins, de la critique française, qu’il est
essentiel de veiller à ne pas réifier les cultures ; cela
nous sera utile pour tenter de comprendre les « vagues identitaires »
contemporaines.
La première
de ces vagues est celle de l’ethnic
revival[4]
– ou résurgence de l’« ethno-nationalisme »[5] –, selon les expressions
d’Anthony Smith. Elle s’étend de la fin des années 1950 à
la fin des années 1970 et fait souvent explicitement
référence aux luttes de décolonisation. Elle se propage au
Canada (avec le mouvement québécois), aux États-Unis
(mouvements noirs, indiens et hispaniques), à l’Europe occidentale
(mouvements basque, catalan, breton, écossais, gallois et flamand),
à certains pays d’Europe de l’Est (Yougoslavie, Roumanie, Pologne) et
à une partie de l’Union soviétique. Elle est concomitante au
développement des mouvements féministes et écologistes,
notamment, et a été analysée par Alain Touraine en termes
de « nouveaux mouvements sociaux »[6].
La deuxième
« vague identitaire » se produit dans les années 1980 –
c’est-à-dire après le deuxième choc pétrolier, en
pleine crise économique – et concerne essentiellement les populations
immigrées. L’immigration de travail, en effet, provisoire et
limitée à une population masculine, cède la place à
une immigration de peuplement, durable et mixte (composée d’hommes, de
femmes et d’enfants). Or, en contexte de ralentissement de la croissance
économique et de montée du chômage, les immigrés et
leurs enfants font souvent l’objet de discriminations. Ils sont alors enclins
à chercher dans leur culture les ressources qu’ils ne trouvent pas dans
leur société d’accueil et à les entretenir.
Enfin, une
troisième « vague identitaire » déferle au cours des
années 1990-2000, qui consiste à affirmer l’existence de
singularités irréductibles au sein de la société
englobante et à revendiquer leur reconnaissance publique. Ces
revendications s’expriment dans les régions périphériques
et chez les minorités nationales, qui défendent et valorisent
leurs spécificités culturelles, et surtout chez les populations
immigrées ou issues de l’immigration. Pour ces dernières, il
semble bien que l’identité soit, largement, l’outil de ralliement de catégories
de population qui subissent de vives inégalités
économiques et sociales.
En revanche, il ne
fait guère de doute que ces « vagues identitaires » ne peuvent
pas être simplement analysées en termes de résistance de la
tradition à la modernité. Certes, la diversité culturelle
est une réalité ancienne, qui se reproduit en partie. Mais les
cultures ne sont pas figées. Pour diverses raisons (la volonté de
réhabiliter une identité négative, la lutte contre la
discrimination raciale ou les inégalités économiques et
sociales, notamment) – qui peuvent toutes s’analyser en termes de rapports de
domination –, notre monde moderne conduit à un constant renouvellement
de la différence et à une production de différences
nouvelles. Ainsi, les identités ethniques, religieuses ou autres, y
compris celles qui paraissent les plus « traditionnelles »,
sont-elles profondément modernes. Elles le sont même d’autant plus
que, dans le contexte de réflexivité[8] et d’autonomie
individuelle qui caractérise le monde moderne dans lequel nous vivons,
les individus sont amenés à tenter de se « bricoler » –
en partie à coup d’imagination[9] – une identité qui
leur permet de donner un sens à leur vie, écartelée entre
un univers technico-économique puissant et agressif et leur
environnement culturel… La mondialisation renforce doublement cette tendance.
D’une part, elle affaiblit le pouvoir des États-nations, qui perdent une
partie de leur capacité à imposer des identités et
à déterminer les catégories légitimes de l’observation. D’autre part, elle s’accompagne
d’un développement des phénomènes migratoires, qui
soulèvent de nouvelles questions d’identité.
Les « vagues
identitaires » et les nombreux problèmes qu’elles suscitent, ont
contribué à faire prendre conscience que la diversité
culturelle était l’un des défis majeurs de notre époque et
donc, désormais, à l’ériger partout en objet légitime
de recherche sociologique, y compris en France. Il faut dire que la question
est d’une grande ampleur puisque, selon le dernier rapport du Programme des
Nations Unies pour le développement (PNUD), près d’un milliard de
personnes – soit environ une personne sur sept dans le monde – appartiennent
à des groupes victimes d’une forme ou d’une autre d’exclusion ethnique,
religieuse ou, plus généralement « culturelle »[10].
Cependant,
la prise en compte de la pluralité culturelle est loin de relever
exclusivement
de l’analyse sociologique des réalités contemporaines. Elle est
aussi, très largement, un objet de débat philosophique.
C’est
outre-atlantique que le multiculturalisme a suscité le débat
philosophique le plus long et le plus approfondi ; pendant une vingtaine
d’années, en effet, les relations entre les principes
démocratiques et les revendications des minorités ont fait
l’objet d’une vaste joute intellectuelle mettant aux prises les liberals, ou
« libéraux », et les communitarians,
ou « communautariens ».
Le
débat entre libéraux et communautariens naît de la
reformulation de la théorie libérale par John Rawls[11] en 1971 et de la critique
qu’en publie Michael Sandel[12] en 1982. Il s’ensuit un
débat aussi âpre que difficile à cerner, en raison de
l’hétérogénéité des deux « camps »
et du refus des uns et des autres de se voir attribuer telle ou telle
étiquette. Charles Taylor distingue néanmoins, avec humour, deux
équipes : le « team
L », qui regroupe notamment John Rawls, Ronald Dworkin, Thomas Nagel et
Thomas Scanlon, et le « team
C », qui rassemble, entre autres, Michael Sandel, Alasdair Mac Intyre et
Michael Walzer[13].
Toutefois, il est difficile de préciser ce qui est vraiment commun
à tous les membres d’une même équipe, de même que ce
qui les différencie nettement de l’autre équipe… En outre, la
clarté de la discussion est encore obscurcie par le fait que les
positions des uns et des autres évoluent au fil du temps. Cependant,
Will Kymlicka propose de synthétiser le débat de la
manière suivante :
Si nous simplifions
[…] à l’extrême les termes de cette discussion, ceux-ci peuvent
être essentiellement ramenés au problème du primat de la
liberté individuelle. Les libéraux considèrent que les
individus devraient être libres de déterminer eux-mêmes leur
propre conception de la vie bonne et se félicitent de la
libération individuelle à l’égard de tout état
prescrit ou hérité. Les individualistes libéraux
soutiennent par suite que l’individu est premier par rapport à la
communauté : la communauté tire son importance de sa
contribution au bien-être des individus qui la composent. Si ces
individus n’estiment plus devoir maintenir des pratiques culturelles
existantes, alors la communauté ne peut prendre sur elle de lutter pour
la préservation de ces pratiques, pas plus qu’elle ne dispose du droit d’empêcher
les individus de les modifier ou de les rejeter.
Les communautariens
récusent cette conception de l’« individu autonome ». Les
personnes sont pour eux enchâssées (embedded) dans des relations et des rôles sociaux
particuliers. Elles ne forment pas et ne peuvent pas non plus corriger leur
conception de la vie bonne, mais héritent d’une façon de vivre
qui détermine directement ce qui est bien. Plutôt que de
considérer que les pratiques collectives sont la résultante de
choix individuels, les communautariens estiment que les individus sont le
produit de pratiques sociales. Ils contestent souvent, en outre, le fait que
les intérêts des communautés puissent être
réduits aux intérêts de leurs membres individuels. C’est,
par conséquent, détruire les communautés que de
privilégier l’autonomie individuelle. Une communauté vigoureuse
doit maintenir un équilibre entre le choix individuel et la protection
du mode de vie communautaire et, pour ce faire, cherche à limiter les
atteintes que le premier peut infliger au second[14].
Ce
débat complexe et touffu, dont les principaux arguments ont
été traduits et présentés au public français
par Berten, Da Silveira et Pourtois[15], a
finalement abouti à un relatif consensus de nature à
éclairer la réflexion.
Par
conséquent, si l’État et les institutions ne sont pas neutres, il
s’ensuit qu’il n’est plus possible de raisonner en termes de totale « indifférence
à la différence » : celle-ci relève du mythe ou
de l’imposture. C’est pourquoi, dans le débat anglo-saxon sur les droits
des minorités, « la charge de la preuve a été transférée ».
Ce n’est plus à la minorité de prouver que tel droit
supplémentaire qu’elle réclame ne porterait pas atteinte aux
principes démocratiques et égalitaires mais c’est aux partisans
du statu quo de prouver que ce
dernier est plus juste que le fait d’accorder à la minorité le
droit qu’elle réclame.
Il en va ainsi,
selon lui, de ce qu’il appelle les « minorités nationales »
d’Europe occidentale[19], des
Afro-américains ainsi que des groupes issus de l’immigration. La plupart
de ces minorités ne s’opposent pas aux principes démocratiques et
à l’égalité entre les citoyens mais revendiquent que ces
principes leur soient appliqués à eux-mêmes, en prenant
leur singularité en considération. Il ne s’agirait donc pas d’une
mise en cause des principes dans leurs fondements mais dans leur application.
Toutes les cultures ne se
valent pas. Certaines
minorités, cependant, s’opposent vraiment, par des pratiques ou des
valeurs qu’elles diffusent, aux principes démocratiques et aux valeurs
universelles. Ce sont celles qui s’imposent à leurs supposés
« membres » ou qui leur imposent des comportements contraires
à la liberté individuelle et aux droits de la personne humaine.
Faut-il en
déduire que ces cultures ne méritent pas de vivre et qu’elles ne doivent
bénéficier d’aucun soutien des institutions démocratiques,
au contraire ? Tel n’est pas l’avis de Charles Taylor, un
modéré généralement présenté comme un
communitarian nuancé mais qui
se considère lui-même comme liberal
et qui propose une synthèse des vues libérale et
communautarienne. Selon lui, « il est raisonnable de penser que toutes les
cultures […] sont presque certaines de renfermer quelque chose qui
mérite notre admiration et notre respect, même si cela s’accompagne
de beaucoup d’autres choses que nous serons forcés de détester et
de rejeter. Peut-être pourrait-on le dire autrement : ce serait une
outrecuidance suprême d’écarter cette possibilité a priori[20]. »
Charles Taylor est donc favorable à une « politique de la
différence ».
Il résulte des
éléments de consensus que nous venons de résumer
très brièvement que la tendance est désormais à une
plus grande reconnaissance des droits minoritaires et, d’autre part, que la
question qui se pose apparaît finalement plus pratique que philosophique,
relevant, en fait, de la politique publique.
Diverses expériences multiculturalistes sont menées de par
le monde depuis des décennies ; nous en évoquerons
rapidement quelques-unes, dont nous discuterons la portée, avant de
réfléchir à d’autres politiques possibles.
Lors de l’indépendance, vers la fin
des années cinquante, les Malais ainsi que d’autres groupes autochtones
(Bumiputera), bien que numériquement majoritaire, étaient
économiquement très en retard par rapport à la
minorité chinoise. Les Malais possédaient seulement 10 % des
entreprises répertoriées et 1,5 % du capital investi. La
Constitution a accordé aux résidents chinois et indiens la
citoyenneté et a simultanément conféré des droits
spéciaux aux Malais pour la propriété foncière,
l’emploi dans la fonction publique, l’éducation et les licences commerciales.
À la suite d’une émeute interethnique en mai 1969, le
gouvernement a adopté la Nouvelle politique économique
« afin d’éradiquer la pauvreté parmi tous les Malaisiens et
restructurer la société malaisienne pour réduire et
finalement éliminer l’identification de la race avec la fonction
économique et la localisation géographique par le biais du
développement rapide de l’économie ». Le gouvernement a
adopté des quotas malais pour les licences commerciales et d’affaires et
la possession de capitaux, et a fourni une assistance spéciale par
l’octroi de crédits, formations et sites d’entreprises. Il a aussi
acquis des parts dans les sociétés privées au nom des
Bumiputera, en vue d’atteindre 30 % de participation dans les
sociétés[21].
Signalons, en outre, qu’en
Suède, les droits de participation civique sont étendus aux
non-citoyens : il existe un statut d’étranger ayant droit de
cité ou « demi-naturalisation ». Enfin, une initiative
originale a été mise au point pour accorder l’autonomie au peuple
Sami, dont la zone de peuplement s’étend traditionnellement sur des
territoires appartenant à plusieurs pays : le Conseil pour la
coopération sur les questions Sami, créé conjointement par
la Finlande, la Norvège et la Suède.
D’autre part, le
mouvement du « politiquement correct » (political correctness) « prône une plus grande tolérance
de la diversité humaine. (…) D’un côté, il s’agit de lutter
contre les expressions, qualifications ou énoncés
dépréciatifs (…) ; de l’autre, il s’agit de “perfectionner”
la langue en l’enrichissant de termes alternatifs à ceux qui causent des
blessures symboliques »[25].
Enfin, diverses
mesures de « discrimination positive » (affirmative action) sont mises en place. Notamment des quotas
d’emplois réservés aux membres de certaines communautés,
le recrutement d’étudiants et d’enseignants minoritaires dans certaines
universités, des examens universitaires en fonction de l’origine
ethnique des candidats, ou le découpage de certaines circonscriptions
électorales en prenant en considération des considérations
ethniques.
En premier lieu,
elles seraient d’une efficacité limitée dans la mesure où
elles ne changeraient rien au fondement des inégalités sociales
mais bénéficieraient surtout aux « leaders communautaires »,
qui tendraient à les manipuler ou à les détourner à
leur profit. En second lieu, elles seraient dangereuses dans la mesure
où elles menaceraient de réifier les phénomènes
culturels, qui sont pourtant, par définition, fluides. Comment
définir, en effet, les populations auxquelles les politiques
multiculturalistes doivent s’appliquer sans découper la
société en catégories arbitraires ? En outre, les
politiques multiculturalistes, qui visent à lutter contre les injustices
que subissent certains groupes culturels, conduiraient à figer ces groupes.
Elles entraîneraient également une forme de
« racialisation » de la politique publique et renforceraient
l’hostilité des groupes qui ne bénéficient pas de
politiques multiculturalistes envers ceux qui en bénéficient.
Un peu partout dans
le monde, l’actualité semble donner raison aux détracteurs des
politiques multiculturalistes. Pour ne citer que quelques exemples, on constate
que des violences éclatent depuis plusieurs années en Inde,
où des nationalistes hindous intransigeants veulent imposer par la
violence une identité hindoue unique à tout le pays. Les tensions
montent en Malaisie également, où les tensions interethniques
cèdent la place à des tensions intracommunautaires[26]. Beaucoup des politiques
d’affirmative action menées
aux États-Unis – et notamment les quotas que nous évoquions
précédemment – ont été abandonnées
après avoir provoqué des effets pervers ; en outre, la
doctrine du political correctness a
abouti à divers errements et absurdités. De vifs « incidents
ethniques » sont signalés en Suède. Enfin, l’assassinat
récent du cinéaste Théo Van Gogh attire l’attention du
monde entier sur la détérioration des relations sociales aux
Pays-Bas et suscite le doute sur leur modèle multiculturaliste. Bref,
les politiques multiculturalistes doivent-elles être jetées aux
orties ? Ce n’est pas l’avis de tous.
L’expérience
en Inde, en Malaisie, en Afrique du Sud et aux États-Unis montre que la
discrimination positive peut réduire les inégalités entre
les groupes. En Malaisie, le rapport du revenu moyen entre les populations
chinoises et malaises a baissé de 2,3 en 1970 à 1,7 en 1990. Aux
États-Unis, la proportion d’avocats noirs au sein de la profession s’est
accrue de 1,2 % à 5,1 %, et la proportion de médecins
noirs de 2 % à 5,6 %. En Inde, l’allocation des emplois dans
la fonction publique, l’admission à l’enseignement supérieur et
les sièges parlementaires accordés aux castes et aux tribus
répertoriées ont aidé les membres de ces groupes à
sortir de la pauvreté et à rejoindre la classe moyenne[27].
En outre, non
seulement, la discrimination positive serait efficace sur le plan de la lutte
contre les inégalités, mais elle serait également
favorable au développement économique.
La Malaisie, avec
62 % de Malais et autres groupes autochtones, 30 % de Chinois
ethniques et 8 % d’Indiens, était la dixième économie
à la croissance la plus rapide entre 1970 et 1990,
années pendant lesquelles elle a mis en œuvre un vaste
éventail de politiques de discrimination positive. L’Inde a
géré ses diverses cultures grâce à des politiques
pluralistes et 15 langues officielles – et a fait de remarquables
progrès en matière de croissance économique, ainsi que
dans le domaine de la santé et de l’éducation. Ces
expériences couronnées de succès de pays culturellement
divers montrent combien les politiques pluralistes sont importantes[28].
Enfin, les limites
des politiques multiculturalistes, fréquemment évoquées
pour mettre en cause ces politiques, seraient contestables : elles ne
seraient pas dues aux politiques elles-mêmes mais à l’insuffisance
de l’effort accompli en leur faveur ou à des maladresses dans leur
conduite.
Aucune de ces
politiques n’est dénuée de complexité, mais
l’expérience de nombreux pays montre qu’il y a des solutions. On peut
reprocher à l’éducation bilingue d’être inefficace, mais
c’est parce qu’elle n’est pas assez soutenue pour assurer sa qualité. On
peut accuser les programmes de discrimination positive de créer des
inégalités permanentes ou de devenir une source de favoritisme –
mais ils peuvent être mieux gérés[29].
D’ailleurs, selon
les sondages effectués dans plusieurs pays où le
multiculturalisme est pratiqué, il semblerait que les opinions publiques
ne lui soient pas majoritairement défavorables[30]. Les partisans des
politiques multiculturalistes, cependant, vont plus loin : selon eux, en
effet, non seulement ces politiques seraient efficaces mais elles seraient
même indispensables.
Certains
prétendent qu’il suffit de garantir les droits civils et politiques des
individus, tels que la liberté de culte, de parole et d’association,
pour leur donner la possibilité de pratiquer leur religion, de parler
leur langue sans être victimes de discrimination dans les domaines de l’emploi
et de la scolarisation, ou victimes de nombreux autres types d’exclusion. Ils
affirment que l’exclusion culturelle est un sous-produit des exclusions
économiques et politiques et qu’une fois que ces dernières seront
résolues, l’exclusion culturelle disparaîtra d’elle-même.
Cela ne s’est pas
encore vu. De nombreux pays riches et démocratiques, par exemple,
prétendent traiter tous les citoyens de manière égale,
mais ils abritent néanmoins des minorités qui ne sont pas
correctement représentées en politique et pour qui le harcèlement
et les difficultés d’accès aux services publics sont le lot
quotidien. On ne pourra élargir les libertés culturelles qu’au
moyen de politiques explicites visant à remédier aux restrictions
en matière de liberté culturelle – donc des politiques multiculturelles[31].
Naître dans un
milieu culturel particulier n’est en aucune manière un exercice de la
liberté – bien au contraire. Cette situation ne s’aligne sur la
liberté culturelle que si l’individu choisit de continuer à vivre
selon les termes de cette culture, et procède à ce choix en ayant
eu la possibilité de considérer d’autres alternatives[34].
Sur
le plan philosophique, d’autre part, le concept de liberté culturelle
constitue un dépassement du débat liberals-communitarians. Il ne
s’agit plus, en effet, de tenter de concilier les cultures particulières
et les valeurs universelles mais de compléter et de renforcer les droits
de l’homme.
L’importance des
libertés humaines peut servir de fondement pour les rapprocher de
l’idée des droits de l’homme. (…) La force éthique des droits de
l’homme dépend en fin de compte de l’importance des libertés
humaines et ne peut être détachée de cette relation. Cette
reconnaissance élémentaire a une portée
considérable. (…) Même sans
rentrer dans les complexes débats autour de l’idée de droits
collectifs, on peut facilement admettre la nécessité fondamentale
de lier droits et libertés. (…) La défense de la diversité
culturelle exige-t-elle donc de soutenir le conservatisme culturel, en
demandant aux individus de s’en tenir à leur propre histoire culturelle
et de ne pas essayer d’aller vers d’autres styles de vie ? Cela nous
placerait immédiatement dans une position contraire à la
liberté, qui chercherait à faire obstacle à la
possibilité de choisir de changer de mode de vie, un choix que beaucoup
d’individus peuvent souhaiter avoir. En fait, nous pourrions alors nous trouver
en présence d’une forme d’exclusion de nature différente :
l’exclusion de la participation, par opposition à l’exclusion
fondée sur le mode de vie, puisque les individus des cultures
minoritaires seraient exclus de la participation à la
société en général. (…) Rien ne peut être
justifié au nom de la liberté sans réellement donner la
possibilité d’exercer cette liberté, ou tout au moins sans
évaluer comment une possibilité de choix serait exercée si
elle se présentait[35].
En outre, la
liberté culturelle ne s’oppose pas à l’équité mais
peut lui être combinée : « Il n’existe pas de tension
fondamentale – comme il est parfois avancé – entre la liberté et
l’équité. En réalité, l’équité peut
être perçue en termes d’essor équitable des libertés
de tous (plutôt que purement en termes de répartition des revenus,
ou bien dans la perspective encore plus limitée de la
« redistribution » à partir d’un point de départ qui
finalement est arbitraire)[36]. »
Enfin, sur le plan politique, la liberté culturelle constitue un vrai
guide pour l’action, en séparant sans ambiguïté ce qui
relève de la liberté culturelle de ce qui relève du
conservatisme culturel.
… La poursuite de
nombreuses pratiques au sein d’une société traditionnelle
dominée par les hommes peut aller à l’encontre des
intérêts et des opportunités des femmes. Préconiser
leur maintien au motif de l’importance du multiculturalisme ne sert pas
avantageusement l’intérêt des femmes. Les cas extrêmes de
conflit de cette nature peuvent porter sur des pratiques spécifiques
(comme les mutilations corporelles) approuvées par les règles de
certaines cultures actuelles, mais qui peuvent s’avérer
particulièrement préjudiciables pour la capacité des
femmes à mener leur propre vie et à exercer leurs propres
libertés.
En cherchant la
réponse à cette question, il est important de s’attacher à
voir la liberté culturelle dans une perspective suffisamment vaste. Il
est parfois souligné, dans la défense de ces pratiques, que les
femmes elles-mêmes acceptent généralement ces règles
culturelles sans protester. Mais beaucoup d’injustices dans le monde perdurent
et prospèrent en s’alliant les victimes, en les privant de la
possibilité de considérer d’autres alternatives et en faisant
obstacle à ce qu’elles aient connaissance de dispositions alternatives
faisables dans les autres communautés. Il est donc
particulièrement important de ne pas tomber dans la confusion et [de ne
pas] considérer un traditionalisme insuffisamment examiné comme
faisant partie intégrante de l’exercice de la liberté culturelle.
Il faut se demander si les défavorisés de la
société – dans ce cas les femmes dont les vies peuvent se voir
gravement affectées par ces pratiques – ont eu la possibilité de
considérer d’autres alternatives et sont libres de savoir comment les
gens vivent dans le reste du monde. Le besoin de raisonnement et de
liberté est essentiel à la perspective qui est utilisée
ici[37].
Forts de cet apport
théorique d’Amartya Sen, examinons à présent quelques
politiques concrètes, qui nous paraissent de nature à favoriser
la liberté culturelle.
On voit mal ce qui,
sur le plan éthique, pourrait s’opposer au principe d’une
éducation multiculturelle faisant une large part à des points de
vue différents de celui ou ceux qui dominent dans une
société considérée. Au contraire, il paraît
légitime de s’interroger sur les raisons pour lesquelles des points de
vue, des œuvres ou des pans entiers de l’histoire sont parfois laissés
dans l’oubli. Certes, souligne Ernest Renan, l’oubli peut être utile
à la construction nationale…
L’oubli, et je dirai
même l’erreur historique, sont un facteur essentiel de la création
d’une nation, et c’est ainsi que le progrès des études
historiques est souvent pour la nationalité un danger. L’investigation
historique, en effet, remet en lumière les faits de violence qui se sont
passés à l’origine de toutes les formations politiques,
même de celles dont les conséquences ont été les
plus bienfaisantes[38].
L’oubli,
cependant, peut aussi susciter de vives frustrations. « Quand la
modernité porte la marque de “l’Autre” », souligne, à ce
propos, Amin Maalouf, « il n’est pas surprenant de voir certaines
personnes brandir les symboles de l’archaïsme pour affirmer leur
différence »[39]. Il convient donc,
écrit-il, de faire preuve de
« réciprocité » :
Aujourd’hui, chacun
d’entre nous doit nécessairement adopter d’innombrables
éléments venus des cultures les plus puissantes ; mais il
est essentiel que chacun puisse vérifier aussi que certains
éléments de sa propre culture – des personnages, des modes, des
objets d’art, des objets usuels, des musiques, des plats, des mots… – sont
adoptés sur tous les continents, y compris en Amérique du Nord,
et font désormais partie du patrimoine universel, commun à toute
l’humanité[40].
Cette
« réciprocité » ne doit-elle pas commencer à
l’école ?
Une
deuxième politique possible pour prendre en compte la diversité
culturelle est l’institution de l’autonomie. C’est une formule politique assez
méconnue en France et, bien sûr, beaucoup plus délicate
à mener que la précédente ; elle mérite
néanmoins, nous semble-t-il, d’être étudiée, en
raison, notamment, de la souplesse qui la caractérise. Rappelons, en
préalable, qu’il ne faut pas la confondre avec la sécession, qui
mène à l’indépendance. Au contraire, la voie de
l’autonomie est celle de la conciliation – les voies de l’autonomie,
devrions-nous plutôt dire, car il en existe plusieurs, comme le rappelle
Ruth Lapidoth, spécialiste de la question[41].
On distingue généralement trois sortes d’autonomie :
l’autonomie politique territoriale, l’autonomie administrative, et l’autonomie
personnelle (ou culturelle). L’autonomie politique
territoriale est un ensemble de mesures qui visent à garantir un
certain degré d’auto-identification à un groupe qui
diffère de la majorité de la population de l’État mais qui
est majoritaire dans une région déterminée. L’autonomie
implique une répartition des compétences entre les
autorités centrales et l’entité autonome. (…)
Les compétences ne sont pas toutes réparties entre
l’autorité centrale et la région ; les compétences
non réparties sont soit partagées soit exercées en
parallèle. Le gouvernement central ne contrôle pas intégralement
les agissements des autorités autonomes, mais peut y opposer son veto
dans des cas graves tels que l’excès de pouvoir.
Par sa nature même, l’autonomie requiert une certaine
coopération et une certaine coordination entre les autorités
centrales et locales. L’autonomie administrative
se limite aux questions administratives et se rapproche donc de la
décentralisation. L’autonomie
personnelle (ou culturelle) s’applique à tous les membres d’un
certain groupe dans un État ou une région
déterminée, quel que soit leur lieu de résidence. C’est le
droit de préserver et de promouvoir le caractère religieux,
linguistique ou culturel du groupe par le biais d’institutions qu’il a mises en
place lui-même. L’État reconnaît à ces institutions
le droit de prendre des décisions contraignantes et de prélever
des impôts[42].
Aucune
de ces formules n’est figée. D’une part, elles peuvent être
associées l’une à l’autre : « Nous avons
présenté l’autonomie territoriale et l’autonomie personnelle
comme deux notions très distinctes. Cependant, elles ne sont pas
mutuellement exclusives ; dans certains cas, elles peuvent être
combinées[43]. »
D’autre part, elles sont toutes très souples : « En
règle générale, les dispositions d’autonomie ne sont pas
rigides ; elles sont plutôt flexibles et permettent l’introduction
de changements[44] ».
L’autonomie,
cependant, réclame beaucoup de finesse et de doigté sans quoi, au
lieu d’aboutir à la réussite comme c’est le cas aux îles
Åland, au Groenland ou à Porto Rico, elle échoue comme en
ex-Union soviétique, en Érythrée ou en Palestine. Ruth
Lapidoth a dressé une liste de seize « éléments qui
peuvent accroître les chances de réussite » de l’autonomie,
parmi lesquels on retiendra les deux derniers :
15. La condition la plus importante
et en fait indispensable pour la réussite de l’autonomie réside
dans une atmosphère générale de conciliation et de bonne
volonté. Cette condition nécessite un effort soutenu
d’explication et de dialogue patient. (Jusqu’à présent, aucune
autonomie n’a abouti dans une atmosphère hostile. Toutefois,
l’atmosphère peut s’améliorer, comme cela s’est produit dans les
îles Åland.)
16. Il faut établir le statut d’autonomie avant que les relations
entre la majorité de l’État et la majorité dans la
région ne soient par trop détériorées. Si la haine
et la frustration règnent, il est trop tard, et l’autonomie ne parviendra
pas à apaiser les tensions.
À
l’éducation multiculturelle et à l’autonomie, deux politiques
déjà mises en application en certains endroits du globe, on peut
ajouter une suggestion politique nouvelle, ou plutôt nouvellement
réinventée : la « multination ».
Le concept de
multination, tel qu’il avait été théorisé
dès le xixe
siècle par Karl Renner et Otto Bauer, notamment, fait aujourd’hui
l’objet d’une redécouverte. Il repose essentiellement sur deux
idées : dissocier la nation de l’État et refondre le droit
à l’autodétermination. La première idée de Karl
Renner[45] et de Stéphane
Pierré-Caps[46] est de dissocier la
nation de l’État, de faire en sorte qu’il n’existe plus d’« exacte
adéquation de l’une à l’autre », en faisant exister
désormais la nation « en tant que personne juridique
distincte ».
À la nation
désétatisée correspond un État
dénationalisé, un État neutre par rapport aux groupes
nationaux qu’il abrite. C’est cette dualité institutionnelle qui
manifeste ce nouveau rapport de la nation à l’État et
préfigure ainsi un modèle d’organisation politique alternatif,
capable de s’adapter, aussi bien, au pluralisme national, qu’à
l’intégration supranationale[47].
La seconde
idée sur laquelle repose le concept de multination consiste à
refondre le droit à l’autodétermination. De fait, ce dernier est
devenu aujourd’hui le droit à la sécession et à
l’instauration d’un nouvel État-nation ; il devrait aussi pouvoir
être le droit des peuples à ne
pas s’instituer en États mais à jouir de l’autonomie au sein
d’un État multinational. D’autre part, il devrait être
individualisé.
Tout le
système imaginé par Renner repose sur ce droit individuel
à l’autodétermination nationale : de la même
façon que, dans les États modernes, le choix d’une religion est
affaire de volonté individuelle, l’individu seul est à même
de décider de son appartenance nationale : « seule la libre
déclaration de nationalité faite par l’individu devant
l’autorité compétente peut décider de l’appartenance
nationale. Ce droit à l’autodétermination de l’individu s’oppose
au droit à l’autodétermination de la nation »[48].
Cette idée,
qui paraît assez futuriste, correspond, cependant, nous semble-t-il,
assez largement à la façon dont les hommes et les femmes de notre
temps souhaitent, de plus en plus, être les sujets de leur histoire et ne
plus se voir prescrire des comportements ou des appartenances. Avec la
multination et l’autodétermination individuelle, « la
volonté de l’individu ainsi exprimée est source de droit, il ne
se trouve pas enfermé dans un cadre national préétabli,
qui façonne et organise son allégeance à
l’État »[49]. Certes, la perspective
d’un État démocratique multinational paraît aujourd’hui
fort éloignée. La résurgence des nationalismes
mérite, cependant, qu’on l’examine ; d’autant plus que
l’idée de multination a été conçue par Renner dans
la perspective d’éradiquer définitivement le nationalisme, en
faisant de la nation le moteur d’une nouvelle universalité.
Si le mot
« multiculturalisme » désigne l’intention de maintenir
à tout prix la tradition et la diversité culturelles, y compris
au mépris de l’individu et des droits de l’homme, il convient de le
refuser. En revanche, si la critique du multiculturalisme est une façon
pour les dominants, les majoritaires ou les « centraux » de nier la
pluralité et la liberté culturelles des minoritaires et donc,
consciemment ou non, de maintenir leur position relative, alors, il convient de
défendre le multiculturalisme.
Il est clair,
cependant, que ce n’est pas le mot « multiculturalisme » qui importe
mais, en premier lieu, la nécessité de prendre en compte une
réalité sociologique longtemps sous-estimée, notamment en
France : la diversité culturelle. En second lieu, il ressort de
l’étude que, pour éviter l’injustice, la diversité
culturelle réclame des politiques adaptées, lesquelles,
toutefois, ne doivent pas viser à défendre la diversité
à tout prix car elles pourraient instituer des comportements contraires
aux droits de l’homme. Ces politiques devraient être pensées avec
finesse et imagination pour éviter, notamment, de figer des
phénomènes culturels. Enfin et surtout, elles devraient s’appuyer
sur un principe démocratique, afin de constituer un progrès pour
l’humanité. Il nous semble que le principe de liberté culturelle,
tel qu’il est défini par Amartya Sen, peut fonder un tel progrès.
Bibliographie
Appadurai Arjun, Après le
colonialisme : les conséquences culturelles de la globalisation, Paris,
Payot, 2001.
Beck Ulrich, What is
Globalization ?, Cambridge (UK), Polity Press, 2000.
Berten André, Da Silveira, Pablo et Pourtois, Hervé, Libéraux
et communautariens, Paris, PUF, 1997.
Constant Fred, Le
Multiculturalisme, Paris, Flammarion, 2000.
Giddens Anthony, Les Conséquences de la modernité, Paris, L’Harmattan,
1994.
Kymlicka Will et Mesure Sylvie, Comprendre
les identités culturelles, Paris, Puf, 2000.
Kymlicka Will, La
Citoyenneté multiculturelle :
une théorie du droit des minorités, traduit de l’anglais par
Patrick Savidan, Paris, La Découverte, 2001.
Lapidoth Ruth, « Les
Caractéristiques de l’autonomie », in Centre européen des questions de minorités (Ecmi), Autonomies insulaires :
vers une politique de la différence pour la Corse ?, Albiana, 1999,
p. 26-33.
Lapidoth Ruth, Autonomy :
flexible Solutions to ethnic Conflicts, Washington, D.C., United States
Institute of Peace Press, 1996.
Le Coadic Ronan (dir.), Identités
et démocratie, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2003.
Maalouf Amin, Les Identités
meurtrières, Paris, Grasset, 1998
Mesure Sylvie et Renaut Alain, Alter
Ego : les paradoxes de l’identité démocratique, Paris,
Aubier, 1999.
Pierré-Caps Stéphane,
Audéoud Olivier et Mouton Jean-Denis, L’État
multinational et l’Europe, Nancy, Presses universitaires de Nancy, 1997.
Pierré-Caps Stéphane, La
Multination : l’avenir des minorités en Europe centrale et
orientale, Paris, Odile Jacob, 1995.
Pnud, Programme des
Nations Unies pour le développement, Rapport sur le développement
humain 2004 : la liberté culturelle dans un monde
diversifié, Paris, Économica, 2004.
Rawls John, Théorie de la
justice (Harvard, 1971), traduit de l’américain par C. Audard,
Paris, Seuil, 1987.
Renan Ernest, Qu’est-ce qu’une
nation ? et autres essais politiques, textes choisis et
présentés par Joël Roman, Paris, Presses Pocket, 1992.
Renaut Alain (dir.), Histoire de
la philosophie politique, tome V, Les philosophies politiques
contemporaines (depuis 1945), Paris,
Calmann-Lévy, 1999.
Sandel Michael, Le
Libéralisme et les limites de la justice (Cambridge, 1982), traduit de
l’américain par J.-F. Spitz, Paris, Seuil, 1999.
Schnapper Dominique, « Centralisme et fédéralisme culturels : les
émigrés italiens en France et au États-Unis », Annales ESC, n° 5,
septembre-octobre 1974.
Sen Amartya, « La
Liberté culturelle et le développement humain », in Pnud,
Rapport sur le développement humain 2004 : la liberté
culturelle dans un monde diversifié, Paris, Économica, 2004, p.
13-25.
Smith Anthony D., The Ethnic
Revival in the Modern World, Cambridge, Cambridge University Press, 1981.
Taylor Charles, « Cross-Purposes :
The Liberal-Communitarian Debate », in
Rosenblum, Nancy Lipton, Liberalism
and the Moral Life, Cambridge (Mass.)-London (England), Harvard University
Press, 1989.
Taylor Charles, Multiculturalisme.
Différence et démocratie, Paris, Flammarion, 1994.
Touraine Alain, La Voix et le
regard, Paris, Seuil, 1978.
Walzer Michael, « The
Communitarian Critique of Liberalism », Political Theory, 1990, 18, pp.
6-23.
Wieviorka Michel, La
Différence, Paris, Balland, 2000.
[1] Cf. Wieviorka 2001,
p. 82.
[2] Beck 2000,
p. 23-26.
[3] Dans un
article relatif à l’émigration italienne, Dominique Schnapper
oppose le «centralisme » culturel français au
« fédéralisme culturel » américain. Cf.
Schnapper 1974.
[4] Smith 1981.
[5] Anthony
D. Smith distingue « deux modèles de nation, l’un
civique-territorial et l’autre ethnique-généalogique, et deux
voies pour la formation des nations, celle de l’incorporation bureaucratique et
celle de la mobilisation locale » (Smith 1981, p. 123). Les
années 1960 verraient un renouvellement du deuxième type de
nationalisme.
[6] Touraine 1978.
[7] C’est Fred Constant
(Constant 2000, p. 28-32) qui suggère d’interpréter ce qu’il
appelle la « révolution multiculturelle » en combinant ces
trois concepts. Mais c’est nous qui avons simplifié la réalité
en les appliquant tour à tour aux trois vagues identitaires que nous
avions cru bon de distinguer.
[8] Les
sociétés pré-modernes étaient fondées sur la
tradition et son interprétation, alors qu’avec la modernité,
« la pensée et l’action se réfractent constamment l’une sur
l’autre », explique Anthony Giddens. (Giddens 1994, p. 44.)
[9] Appadurai 2001.
[10] Pnud 2004,
p. 6.
[11] Rawls, 1987.
[12] Sandel, 1999.
[13] Taylor, 1989.
[14] Kymlicka et Mesure,
2000, p. 142-143.
[15] Berten, Da Silveira
et Pourtois, 1997.
[16] Kymlicka et Mesure,
2000, p. 158.
[17] Kymlicka et Mesure,
2000, p. 158-159.
[18] Kymlicka et Mesure, 2000, p. 144.
[19] Will Kymlicka distingue « deux grands modules de diversité
culturelle. Dans le premier cas, celle-ci résulte de
l’intégration, dans un État devenu plus vaste, de cultures
auparavant autonomes et territorialement delimitées. Ces cultures
intégrées, que j’appelle “minorités nationales”,
souhaitent de façon caractéristique se maintenir comme
sociétés distinctes, parallèles à la culture
majoritaire, et exigent leur autonomie sous une forme ou sous une autre afin
d’assurer leur survie en tant que sociétés distinctes.
Dans le second cas, la diversité culturelle résulte de
1’immigration individuelle et familiale. De tels immigrants forment souvent des
associations plus ou moins organisées que j’appelle “groupes ethniques”.
Le plus souvent, ils souhaitent s’intégrer à la
société dans son ensemble et être acceptés comme
membres à part entière. Bien qu’ils recherchent
fréquemment une certaine reconnaissance de leur identité ethnique,
leur objectif n’est pas de devenir une nation séparée et autonome
par rapport à la société d’accueil, mais d’en modifier les
institutions et les lois afin qu’elles soient mieux adaptées aux
différences culturelles. Kymlicka 2001, p. 24.
Ce ne sont bien sûr que des modèles généraux
et non des lois de la nature. »
[20] Taylor 1994,
p. 98.
[21] Pnud 2004,
p. 70.
[22] Extrait de la Loi
sur le multiculturalisme canadien, juillet 1988.
[23] Wieviorka 2001,
p. 87.
[24] Pnud 2004,
p. 70.
[25] Constant 2000,
p. 49-50.
[26] Pnud 2004,
p. 70.
[27] Pnud 2004,
p. 9.
[28] Pnud 2004,
p. 44.
[29] Pnud 2004,
p. 9.
[30] Christine Inglis,
« Multiculturalism : New policy Responses to Diversity, Most »,
Unesco, 1996 in Wieviorka 2001,
p. 92.
[31] Pnud 2004,
p. 7.
[32] Économiste
indien né en 1938, professeur à l’université de Cambridge
(Grande-Bretagne), prix Nobel d’économie en 1998 et conseiller du
développement humain au Pnud, Programme des Nations Unies pour le
développement.
[33] Pnud 2004,
p. 4.
[34] Sen 2004,
p. 17.
[35] Sen 2004,
p. 15-16.
[36] Sen 2004,
p. 24.
[37] Sen 2004,
p. 24.
[38] Renan 1992,
p. 42-43.
[39] Maalouf 1998,
p. 85.
[40] Maalouf 1998,
p. 140.
[41] Membre du groupe d’experts indépendants nommés en 1999
par le Haut Commissaire de l’OSCE pour les minorités nationales afin
d’émettre des recommandations pour la participation effective des
minorités nationales à la vie publique. Cf. Lund 1999.
[42] Lapidoth 1999,
p. 27-28.
[43] Lapidoth 1996,
p. 39 (traduit par nos soins).
[44] Lapidoth 1996,
p. 35 (traduit par nos soins).
[45] Karl Renner
(1870-1950), responsable socio-démocrate autrichien et « juriste
accompli », selon Stéphane Pierré-Caps.
[46] Pierré-Caps
1995 et 1997.
[47] Pierré-Caps et alii 1997, p. 47-48.
[48] Pierré-Caps et alii 1997, p. 45.
[49] Idem, p. 46.