contrastes
bretons[1]
par Ronan Le Coadic
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S |
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dans le monde pictural, l’ombre met les plans éclairés en valeur,
n’en est-il pas de même dans le monde social ? Les sombres
identités négatives, comme dans le diagramme chinois du yin-yang,
ne révèlent-elles pas les lumineuses identités
positives ? Parmi ces dernières, l’identité
française, qui se considère rationnelle, libératrice et
universelle, n’a-t-elle pas longtemps éprouvé le besoin, pour
mieux briller, de se comparer à une altérité
irrationnelle, oppressive et particulariste ? Cette dernière
pouvait être extérieure (« nègre », par exemple,
voire, dans un autre registre, allemande ou anglaise) ou intérieure.
L’ombre bretonne a constitué un échantillon de cette
altérité intérieure de laquelle l’éclatante civilisation
française parvenait à arracher le sauvage pour en faire un homme
libre. À ce titre, l’archaïsme breton n’a-t-il pas joué un
rôle aussi utile à l’identité française que, dans le
diagramme du yin-yang, le point obscur de yin au sein du yang
clair ?
De
ce contraste symbolique fondamental en découle un autre, à la
fois épistémologique et politique : quel est l’enjeu des
mots utilisés pour l’analyse ? Pourquoi convient-il de mener notre
réflexion en termes de « culture » et de
« région », quels autres mots ou concepts ces termes
laissent-ils dans l’ombre et pourquoi ? Et puis, ce sombre yin
breton, que l’on présente souvent comme un tout homogène,
n’est-il pas lui-même traversé de vifs contrastes, spatiaux autant
que sociaux ? Enfin, la réactivation des spécificités
« régionales » ne fait-elle pas également l’objet
d’interprétations fort contrastées ?
Aujourd’hui,
les mots « nation », « nationalité » et
« peuple » sont donc irrecevables en France pour évoquer autre
chose que l’ensemble des citoyens français. C’est d’ailleurs pour cette
raison que la référence faite par le législateur au
« peuple corse, composante du peuple français » a
été rejetée par le Conseil constitutionnel en 1991.
Pourquoi, dès lors, ne pas continuer à recourir au terme de
« province », comme par le passé ? Il ne saurait, certes,
être question de l’employer en son sens étymologique de
« pays vaincu » sans susciter quelques blessures
d’amour-propre ; toutefois, cette acception étant à peu
près complètement oubliée aujourd’hui, le problème
ne se pose pas. Cependant, « province » a acquis – par contraste avec
le génie intellectuel et culturel de Paris – des connotations
d’immobilisme, d’étouffement et d’étroitesse d’esprit. « Il
y a quelque chose de terrible », écrivait par exemple Julien Green
en 1927, « dans ces existences de province où rien ne paraît
changer quelles que soient les profondes modifications de l’âme »[4]. André Malraux
s’était promis de rayer du vocabulaire le « mot hideux de
province » et il paraît en effet, désormais, plus correct de
parler de « région ». D’autant que le mot
« province » ayant appartenu au vocabulaire de l’Ancien
Régime, il risquerait de paraître à présent
anachronique ou même douteux. « Région », cependant,
n’est pas plus républicain que « province ». C’est même
le contraire, puisque l’expression dérive du mot « roi ». La regio
est un territoire dont le roi trace souverainement les frontières par un
acte religieux, sans se préoccuper de l’histoire, de la culture ou de
l’avis des populations concernées. Le découpage régional,
acte d’autorité, ne procède donc pas vraiment d’une
démarche démocratique. Qu’en est-il, à présent, de
l’objet découpé, à savoir le fait régional ?
En
second lieu, le genre régional est limité, dans tous les sens du
terme. Il l’est, d’abord, au sens géographique puisque, nous l’avons vu,
les frontières régionales sont tracées d’autorité
par le pouvoir politique. À cet égard, on sait que le
détachement de la Loire-Atlantique de la Bretagne est contesté.
Ainsi, selon un sondage csa réalisé
en septembre 2000, 71 % des habitants de Loire-Atlantique et
63 % des habitants du reste de la Bretagne souhaiteraient que la
Loire-Atlantique revienne en Bretagne, dont elle est la région la plus
prospère. Le genre régional est limité, ensuite, par le
fait que sa reproduction relève de l’appréciation des pouvoirs
publics. Il est inutile de rappeler ici que les langues
« régionales » ont été éradiquées
par l’État au début du xxe
siècle[10].
En revanche, on oublie souvent que l’histoire régionale a
également été écartée de l’enseignement, mis
à part les épisodes évoquant le rattachement des provinces
à la France. Les enquêtes qui sont parfois menées en
Bretagne sur ce sujet indiquent que les Bretons méconnaissent
complètement leur histoire[11]. Enfin, le genre
régional est limité en France par les moyens dont il dispose.
D’une part, sur le plan particulier de la culture, l’État, dans le cadre
de sa politique « nationale », dépense 56 % de son budget
culturel à Paris, selon une enquête récente de Télérama[12]. D’autre part, sur un
plan global, le budget des conseils régionaux est
particulièrement faible en France. Il est inférieur, par exemple,
à celui des conseils généraux ou à celui de
certaines grandes villes. En outre, si l’on procède à des
comparaisons européennes, l’écart est considérable. Ainsi,
le budget du Conseil régional de Bretagne n’équivaut-il
qu’à environ 1/40e du budget de l’Écosse…
Mineur
et limité, le genre régional est, enfin, quelque peu sulfureux.
Cette « communauté imaginaire »[13] qu’est la nation,
fondée théoriquement en France sur un contrat social et un
« plébiscite de tous les jours », repose, en pratique, sur une
entreprise étatique d’unification linguistique et culturelle ; il
s’ensuit que la diversité culturelle est traditionnellement ressentie
comme une menace pour l’État-nation. Mais pourquoi toujours parler de
culture ?
Lorsqu’on
évoque la Bretagne, c’est le plus souvent en termes de
« culture », d’« identité » ou
d’« identité culturelle ». Pour quelle raison ? La
dimension culturelle épuise-t-elle la totalité de la question
bretonne ? Ou bien peut-on extraire la culture bretonne d’un contexte
social global dont elle serait, en quelque sorte, la substantifique
moelle ?
Au-delà
du seul cas du Léon, cette modernisation de l’agriculture bretonne que
nous venons d’effleurer a donc été initiée par la jac et le clergé ; c’est
dire qu’elle avait une dimension religieuse. Mais elle s’inscrivait
également dans le cadre d’une vision politique du monde ; en
effet, si les « Rouges » de Bretagne poussaient leurs enfants
à s’instruire pour quitter la région et s’élever au-dessus
de leur condition, les « Blancs », eux, les incitaient à
rester en Bretagne sur leurs exploitations, c’est-à-dire « à
leur place ». En outre, la modernisation de l’agriculture a
bouleversé l’économie de la péninsule : c’est
elle qui a permis le développement général de la Bretagne.
Il en est résulté des conséquences sociales, notamment
le maintien d’une forte densité de population rurale. De plus, la
modernisation agricole a également eu des retombées culturelles
non négligeables. D’un côté, les agriculteurs, en
modernisant leurs exploitations, ont délibérément
tourné le dos à l’héritage culturel de leurs parents. De
l’autre, en permettant par leur activité économique de maintenir
un tissu social dans les campagnes, ils ont favorisé, involontairement,
la transmission de la culture bretonne traditionnelle jusqu’à nos
jours : les jeunes générations ont pu s’abreuver à
une source orale non encore tarie. En revanche, la société
bretonne ne peut plus se désaltérer aux sources minérales
de la péninsule parce que le productivisme agricole a conduit à
une pollution de l’environnement. Alors, de quel registre relève
la modernisation agricole ? De l’agriculture, exclusivement ? De la
culture ? de l’économie ? de la politique ? de la
religion ? ou de l’environnement ? Bref, faut-il vraiment isoler la
culture de son contexte ?
Si
l’individualisation des enjeux répond vraisemblablement à une
aspiration profonde de la société – sur laquelle nous reviendrons
ultérieurement – en est-il de même de leur
déterritoralisation et de leur spécialisation au seul domaine
culturel ? Il est permis d’en douter et de penser, au contraire, que la
culture ne constitue qu’une des facettes de la « bretonnité »
vécue. Prenons l’exemple fictif mais réaliste d’une jeune
Bretonne, Marie, qui réfléchit à son avenir professionnel.
L’académie de Rennes étant l’une des plus performantes de France,
Marie est diplômée de l’enseignement supérieur. Elle
souhaite rester vivre en Bretagne ; d’une part, parce que sa famille et
ses amis y vivent, d’autre part, parce qu’elle en apprécie la culture –
notamment la musique, les festoù-noz et la langue qu’elle vient
de commencer à apprendre – et enfin parce qu’elle en aime beaucoup les
paysages. Son amour des paysages la rend, d’ailleurs, extrêmement
sensible à toutes les formes de pollution de l’environnement ;
à la pollution des mers ou des rivières, notamment. La
première, due à des navires battant pavillon de complaisance,
l’amène à critiquer tant le capitalisme international que la
façon dont la protection du littoral est assurée par
l’État français. La seconde forme de pollution, attribuée
aux nitrates d’origine agricole, la conduit également à mettre en
cause l’État, qui accorde de façon laxiste ses autorisations
d’ouverture de porcheries industrielles – et vient d’être condamné
pour cela par la justice européenne – mais aussi le modèle
productiviste dans son ensemble, dont elle n’ignore pourtant pas les apports
historiques à l’économie bretonne. Enfin, malgré son vif
désir de rester en Bretagne, Marie devra vraisemblablement partir car
l’économie bretonne ne peut pas lui fournir d’emploi à la hauteur
des ambitions que lui permet son niveau d’études
élevé : la plupart des sièges sociaux des entreprises
se trouvent, en effet, à Paris…
Analyser
la question bretonne en termes purement culturels, ce serait donc ne voir de la
vie de Marie qu’un seul aspect qui, pour être emblématique, n’en
est pas moins superficiel. Citadine, elle ne fréquente les festoù-noz
que depuis quatre ou cinq ans et ne connaît que quelques mots de breton,
fraîchement acquis dans des cours du soir… En revanche, par ses
goûts, son mode de vie et sa façon de penser, elle formule un
ensemble de questions – politiques, économiques, culturelles, sociales
et écologiques – qui n’ont de sens que dans leur globalité et
leur complexité. Ceci posé, nous pouvons à présent
examiner ce qui caractérise aujourd’hui la façon dont la culture
bretonne est vécue et, en particulier, ses contrastes…
Le
clivage entre les deux Bretagne est fondamental. Il a persisté
jusqu’à nos jours, même si la frontière linguistique a
reculé au fil des siècles, se situant à présent sur
une ligne qui va de Plouha à Vannes. À l’est de cette ligne se
trouve la Haute-Bretagne, ou Pays gallo, qu’on appelait au Moyen Âge
« Bretagne Gallou ». Elle est de culture romane et le chroniqueur
Froissart l’appelait la « douce Bretagne ». Siegfried, au
début du xxe
siècle, parle à son sujet de « peuple conquis »[21]. À l’ouest se
situe la Basse-Bretagne, ou Bretagne bretonnante, qu’on appelait
« Bretagne tonnante » au Moyen Âge, probablement parce que sa
langue celtique écorchait les oreilles sensibles : les Bas-Bretons,
écrit en effet Jean de Laet en 1629, « semblent non pas parler mais
tonner et émettre des grincements de dents »[22]. Pour André
Siegfried, « nous voici enfin dans la véritable Bretagne, celle des
Celtes. Sans doute c’est encore la Grande France, comme diraient les Anglais,
mais à proprement parler ce n’est plus tout à fait la France.
C’est une de ces “Hespéries” lointaines que le Monde celtique a
attachées aux pointes extrêmes de notre Occident »[23]. Tous les clichés
qui constituent aujourd’hui le stéréotype breton sont issus de
cette Basse-Bretagne, qu’il s’agisse du chapeau rond, des coiffes, des
calvaires, de la langue bretonne, du fest-noz ou de tout ce qui a trait
à la culture celtique.
Pourtant,
malgré la vigueur du contraste, il n’y a pas et il n’y a jamais eu de
conflit linguistique entre les populations de Haute et de Basse-Bretagne comme
il en existe, par exemple, en Belgique entre les Flamands et les Wallons.
Aujourd’hui que le français est parlé partout en Bretagne, la
frontière linguistique a perdu beaucoup de sa consistance mais,
même lorsqu’elle constituait encore un obstacle entre populations qui ne
se comprenaient pas, c’est-à-dire, grosso modo, jusqu’à la
Seconde Guerre mondiale, elle n’était pas un lieu d’affrontement.
Globalement, les Hauts et les Bas-Bretons voisinaient sans guère se
fréquenter ; il leur arrivait, cependant, de se rencontrer –
notamment à l’école, sur les marchés ou lors de leur
service militaire. Alors, les Bas-Bretons étaient stupéfaits et
parfois, peut-être, un peu irrités de voir ces Bretons qui,
paysans comme eux, les appelaient « les Bertons » et ignoraient la
langue bretonne. Les Hauts-Bretons, quant à eux, trouvaient que leurs
voisins étaient bien impolis de s’exprimer en breton devant eux,
notamment sur les marchés où il arrivait, en effet, que des
Bas-Bretons utilisent leur langue pour échanger des informations sans
être compris lors de tractations commerciales. En dehors, toutefois, de
ces menus agacements réciproques et de quelques bagarres dans les cours
de récréation ou lors de mariages trop arrosés, la
coexistence était pacifique.
La
Bretagne ne doit donc être considérée ni comme une
minorité ethnique, ni comme une communauté culturelle,
puisqu’elle a deux cultures. Elle constitue une véritable
société, dont la complexité est, de plus, parfois
déroutante.
D’une
part, en effet, la cartographie électorale permet, aujourd’hui encore,
d’individualiser nettement certains pays historiques tels que le Léon ou
le Vannetais, car leur comportement politique, nettement conservateur, tranche
avec le reste de la Basse-Bretagne. D’autre part, il arrive que des chefs
d’entreprise tiennent compte dans la conduite de leurs affaires des
micro-particularismes locaux. Souvent, ils associent le mini-pays où ils
demeurent au nom de leur entreprise (par exemple : « Garage du
Goëllo »), ce qui contribue à garder vivant le souvenir du
pays en question. Parfois, dans le domaine agroalimentaire en particulier, il
leur arrive de maintenir au sein de leur groupe une organisation calquée
sur les petits pays. Enfin, il m’a été dit que certains patrons
manifesteraient parfois des préférences à l’embauche pour
des recrues issues de tel ou tel pays historique particulier. Néanmoins,
outre que c’est difficile à prouver, cela paraît assez
anachronique et improbable. Peut-être s’agit-il plutôt de
folklore ? En revanche, il ne fait pas de doute que dans des zones rurales
ayant conservé une forte personnalité, certaines origines
« ethniques » peuvent être difficiles à porter. Ainsi,
une femme d’une cinquantaine d’années qui, pour des raisons
professionnelles, a dû suivre son mari à Scrignac dans les
années 1980, me confiait-elle il y a peu qu’elle ne parvient toujours
pas à s’implanter localement et que – au bout de deux décennies
–, on ne l’appelle encore aujourd’hui que « la Léonarde ». Or,
en ce bastion communiste rural, ancien haut lieu de la résistance, un
tel catalogage comporte une lourde charge de défiance. Beaucoup
considèrent en effet, à Scrignac « la rouge », que tous
les Léonards sont par essence catholiques et réactionnaires…
En
dehors, cependant, de quelques lieux exceptionnels qui sont les conservatoires
de la singularité rurale, les stéréotypes ethniques
perdent de leur consistance. Ils sont néanmoins ravivés de nos
jours, voire réinventés, dans les milieux de la renaissance
culturelle, sur un ton d’humour badin qui n’est pas sans évoquer les
blagues relatives aux Belges, aux Juifs ou aux Écossais. Des
plaisanteries nouvelles sont créées ou transposées, en
particulier à propos des Léonards et des Bigoudens et de leur
avarice supposée. Tout ceci, lors d’une conférence, faisait dire
à un collègue sociologue, Gérard Premel : « Si
les Bretons ne sont pas racistes, c’est parce qu’ils épuisent leur
racisme entre eux ! » Toutefois, dans la façon dont la culture
est vécue à présent, le contraste fondamental n’est pas
spatial mais social.
La
culture bretonne est vécue aujourd’hui d’au moins trois manières
différentes. Pour les uns, elle constitue un mode de vie ; pour
d’autres, elle persiste sous la forme d’une reproduction délayée,
presque éteinte ; pour les derniers, enfin, elle tient de la
réinvention.
Dans
tous les milieux, cependant, divers traits culturels bretons continuent
d’être reproduits, de façon fort atténuée par
rapport à ce qui se faisait jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.
La langue bretonne, dont – selon les sondages[29] – les deux tiers des
locuteurs ont désormais plus de soixante ans, n’est plus transmise de
génération en génération[30]. Quant au gallo,
même s’il n’existe pas d’étude quantitative sur le sujet, sa
situation ne doit pas être plus brillante. Cependant, en breton comme en
gallo, des bribes linguistiques continuent à être
reproduites : des plaisanteries, des proverbes, des tournures de phrases
ou des mots isolés sont employés, à l’occasion, par des
non-locuteurs qui les ont généralement acquis en famille, au
cours de l’enfance. D’autre part, diverses pratiques continuent à
être reproduites, notamment dans le domaine alimentaire. Les Bretons
restent, les statistiques l’attestent, de forts consommateurs de cidre, de
crustacés et de beurre salé. De plus, les familles bretonnes
conservent souvent une ou plusieurs recettes de cuisine qui leur ont
été transmises par leurs aïeux et qu’elles préparent
de temps en temps, lors de grandes occasions festives. Enfin, diverses
représentations et valeurs se perpétuent en partie – souvent
influencées par des réminiscences religieuses –, qu’il pourrait
être intéressant d’inventorier[31]. Cependant, la partie
émergée de la culture bretonne, celle qui est souvent sous le feu
des projecteurs, relève désormais de la réinvention.
La
musique bretonne, quant à elle, est plus que
réinventée : elle est révolutionnée,
éclatée et foisonnante. Ouverte à tous les courants
musicaux – rock, jazz, pop, rap, techno, reggae, ou autres – et à toutes
les influences – irlandaise en particulier, mais aussi tsigane, africaine ou
indienne –, elle parvient, cependant, à les assimiler et à
s’exprimer de façon originale. Cette combinaison d’apports
extérieurs et d’apport breton, de tradition et d’innovation, explique
vraisemblablement le succès commercial actuel de la musique bretonne.
Enfin,
la langue bretonne telle qu’elle est enseignée et
médiatisée aujourd’hui relève également, en partie,
de la réinvention. La langue populaire qu’était devenue la langue
bretonne, après avoir été abandonnée par les
élites au Moyen Âge, s’était appauvrie au point de perdre
sa capacité de dérivation ; en outre, elle s’était
morcelée en dialectes qui rendaient parfois l’intercompréhension
difficile. À partir du xixe
siècle, et surtout de l’entre-deux-guerres, des lettrés l’ont
étudiée, enrichie de mots nouveaux, codifiée et
standardisée au point que, de nos jours, les néo-bretonnants qui
ne se sont jamais frottés à des bretonnants de langue maternelle
sont parfois accusés de parler un nouveau dialecte breton, voire une autre
langue que le breton…
En
tout cas, dans tous les domaines culturels – qu’il s’agisse de la nourriture,
de la façon de danser ou de l’emploi de la langue bretonne –, on est
passé, conformément aux usages de la vie moderne et citadine, du
gras au light. Tout s’est allégé, au sens propre comme au
sens figuré. D’une part, la lourdeur culturelle a disparu : la
cuisine régionale s’est débarrassée des excès de
graisse (le saindoux n’est plus utilisé) comme des plats
étouffants qui « tenaient au corps » des travailleurs manuels
(on ne mange plus de bouillie d’avoine) ; lors des festoù-noz,
les jeunes préfèrent souvent à la ronde communautaire la
danse par groupes d’amis voire par couples, à un rythme
délibérément accéléré ; enfin,
la langue bretonne réinventée ne connaît ni les
métaphores croustillantes de la langue du terroir ni son fort accent
tonique. D’autre part, le poids de la contrainte sociale s’est
évaporé : la gamme alimentaire s’est considérablement
diversifiée, de même que le répertoire chorégraphique
des festoù-noz ; quant à la langue bretonne, on ne la parle
plus que par choix. Mais pourquoi, précisément, effectue-t-on de
tels choix ?
Diverses
explications sont avancées à la résurgence des
identités régionales. Concernant le cas breton, on en retiendra
trois : le nationalisme, le « néotribalisme
post-moderne » et des aspirations sociales contrastées.
La
réapparition de la question bretonne relève-t-elle du
nationalisme ? C’est là l’une des hypothèses
fréquemment envisagées, souvent en mauvaise part, car le
nationalisme est généralement stigmatisé en France. Il y
est pourtant actif. En Bretagne, il porte des fruits qui ne sont pas toujours
ceux que l’on pourrait attendre et il se manifeste parfois là où
on ne l’attend pas.
Par
ailleurs, le nationalisme breton a une image négative spécifique,
qui découle de ses erreurs. Sa faute majeure – constamment
réitérée sous des formes diverses pendant un siècle
– consiste à partir de lui-même et de sa logique propre pour
s’opposer à un État français qui le fascine, plutôt
que de partir de la population bretonne telle qu’elle est afin de l’amener
progressivement à ses vues. Cela se traduit, au début du
siècle, par de l’élitisme social ; puis, dans
l’entre-deux-guerres, par de l’élitisme politique et culturel. Ensuite, lors
de la Seconde Guerre mondiale, une partie des militants nationalistes collabore
avec l’Allemagne nazie au nom d’une logique – « les ennemis de nos ennemis
sont nos amis » – totalement étrangère à la
façon de penser de la population bretonne, horrifiée. Enfin,
depuis la guerre, les différentes composantes du mouvement breton
préfèrent professer doctement leurs théories ou laisser
libre cours à leur agressivité envers l’État plutôt
que de tisser des liens avec la population.
Leur effort porte aujourd’hui des fruits assez éloignés
des desseins initiaux. Certes, la langue bretonne a connu un profond
renouvellement technique, selon l’ambition de ces précurseurs ; cependant,
cette langue renouvelée est l’apanage d’une minorité, tandis que
la langue du peuple est désormais le français, sauf chez les
ruraux âgés. En revanche, la musique, qui a également
été vigoureusement rénovée, connaît un
succès massif mais globalement déconnecté de toute
préoccupation politique. Le rapport à la culture est, en effet,
individuel et ne se prête guère aux ardeurs patriotiques.
L’élan culturel breton est, malgré tout, très
politique. D’une part, parce qu’il met en cause la dichotomie entre culture
française universelle, d’un côté, et folklore provincial
relevant du repli tribal, de l’autre : la qualité de la musique
bretonne d’aujourd’hui et l’accueil qui lui est réservé hors de
France font qu’on peut présumer que la culture bretonne a bien une place
à occuper dans le patrimoine de l’humanité. D’autre part, le
renouveau culturel breton, par son caractère à la fois non
nationaliste et critique envers l’État français, possède
une dimension a-étatique qui n’est pas sans rappeler le courant libertaire.
Aux antipodes de ce courant libertaire, le patronat breton hisse depuis
quelques années les couleurs du patriotisme régional.
Au cours des dix dernières années, le patronat de Bretagne
a pris au moins trois initiatives qui contribuent – c’est une nouveauté
– à lui donner une dimension bretonne. Il a créé le
« Club des Trente », association des chefs des plus grandes
entreprises de la péninsule, dont le nom fait référence
à un épisode glorieux de l’histoire de la Bretagne
indépendante. Il a fondé l’Institut de Locarn[39],
qui organise régulièrement des conférences et
séminaires de haut niveau dans la perspective de former le patronat
à métamorphoser la Bretagne en un « tigre »
économique. Enfin, il a constitué l’association d’entreprises
« Produit en Bretagne », qui met en avant, par son logo, l’origine
bretonne des produits qu’elle diffuse et pousse les consommateurs locaux
à acheter breton, au nom de la création d’emplois et du
développement économique régionaux.
Le patronat breton ne prend toutefois pas le risque de s’engager dans
une démarche patriotique comparable, par exemple, à celle du
patronat catalan d’Espagne. Néanmoins, il lui arrive parfois de
sponsoriser des groupes musicaux ou des initiatives culturelles. On pense,
notamment, à l’Histoire de Bretagne en bandes dessinées[40]
et surtout à tv Breizh, la
première télévision régionale (et bilingue, breton
et français) de France. Ainsi le patronat breton contribue-t-il, tant
par son travail de réflexion à l’Institut de Locarn que par les
effets d’annonce de « Produit en Bretagne » ou par ses quelques
actions de sponsoring, à transformer l’image de la Bretagne. Sa
démarche régionaliste relève d’un libéralisme qui
s’accommoderait bien d’un affaissement de l’État.
Depuis les années 1980, cette communauté culturelle
bénéficie d’une triple reconnaissance. Celle du grand public, en
premier lieu : d’abord sceptique, il s’est laissé convaincre par la
qualité des efforts entrepris sur le plan musical, d’une part, et sur le
plan linguistique, d’autre part, notamment par l’association Diwan[41].
La deuxième reconnaissance est venue des médias, et en
particulier des quotidiens régionaux qui, peut-être par
désir de contenter leur lectorat, se sont mis à accorder dans
leurs colonnes une plus large place à la renaissance culturelle. Enfin,
les élus ont bientôt dispensé aux associations culturelles
un soutien financier substantiel et croissant.
Grâce, en partie, à cette triple reconnaissance, la
communauté culturelle bretonne se cristallise. D’une part, elle
s’institutionnalise ; de plus en plus d’associations emploient,
dorénavant, des permanents : la langue et la culture bretonnes sont
devenues des spécialisations susceptibles de fournir des
débouchés professionnels. D’autre part, elle se développe.
Les festivals bretons attirent des foules. La musique bretonne se vend et
séduit les majors américaines. Enfin, elle se dote, par le
biais d’Internet, d’un réseau d’information très fourni.
Cependant, quels liens cette communauté virtuelle entretient-elle avec
le milieu dont elle est issue ?
Non seulement la culture bretonne se déconnecte, donc, de son
espace d’origine, mais elle se détache également du milieu social
qui l’entretenait jusqu’à présent. Les nouveaux bretonnants – ou
plutôt les nouveaux « brittophones », puisque c’est le terme
qui est désormais revendiqué – ne sont d’ordinaire pas des ruraux
mais des citadins. En outre, ce ne sont ni des paysans ni des pêcheurs ni
des artisans ni des ouvriers, mais, la plupart du temps, des cadres, des
professions intellectuelles supérieures ou des professions
intermédiaires.
L’agriculture hors sol permet – parfois – à l’éleveur ou
au cultivateur de produire sans se salir les mains et de rapprocher son mode de
vie de la « normalité » sociale, ce qui le décomplexe.
De même la culture bretonne hors sol se vit-elle sans complexe. Elle est
pratiquée par des jeunes, elle s’affiche dans les lieux publics et,
même, on revendique pour elle une place plus grande dans la
société et les médias. Autant de dissemblances avec la
culture de terroir, qui survit discrètement dans la sphère
privée. C’est manifestement le mérite du « hors sol »
qui a aussi, cependant, ses limites.
Surtout, la culture bretonne est très minoritaire ; elle
n’est pas institutionnalisée et ne bénéficie pas d’une
diffusion massive. Par conséquent, elle n’a d’autres
« viviers » que son milieu d’origine et une rupture avec celui-ci
pourrait lui être fatale. Par exemple, dans le domaine professionnel et
technique, comment un néo-bretonnant pourrait-il enseigner ou traduire
correctement du breton sans s’être auparavant imprégné de
la langue des bretonnants de langue maternelle ? De même, comment
éviter de répéter ce qui s’est déjà fait,
comment renouveler le patrimoine musical breton, sans avoir auparavant
étudié les subtilités de la musique traditionnelle ?
Enfin, le renouveau « hors sol » de la culture bretonne, s’il
joue incontestablement un rôle avant-gardiste, n’épuise pas tout
le mouvement populaire en cours aujourd’hui. La fréquentation
considérable des manifestations culturelles le prouve, de même que
l’attachement massif à la langue et à la culture bretonnes dont
la population témoigne dans les sondages. Par exemple, en 1997,
88 % des Bas-Bretons affirment qu’« il faut conserver le
breton »[43]
alors qu’ils n’étaient que 76 % en 1990[44].
Sans doute existe-t-il une sorte de tribu post-moderne des fans de culture
bretonne mais elle ne doit pas cacher l’ensemble de la société et
ses aspirations.
La Bretagne contemporaine ne fait pas exception à la tendance
actuelle des populations occidentales à rechercher le bonheur
individuel. Cependant, dans cette quête, elle semble tiraillée par
les contradictions. Elle est attirée simultanément par
l’individualisme et le holisme et entretient avec l’autonomie collective une
relation ambivalente.
De façon apparemment contradictoire avec ce qui vient
d’être dit, beaucoup de Bretons – et en particulier ceux qui affirment
leur bretonnité – valorisent un passé mythique où le poids
de la collectivité était grand. Les propos qu’ils tiennent au
sujet de leurs « racines » renvoient à la nostalgie d’un
passé familial qui se situe aux antipodes de l’autonomie individuelle
qu’ils revendiquent aujourd’hui pour eux-mêmes. En outre, ces mêmes
Bretons semblent rechercher la chaleur de la fusion collective. Du moins est-ce
là ce que laissent penser tant la constitution de tribus virtuelles,
évoquées ci-dessus, que le goût de la population pour les festoù-noz
et les festivals gigantesques. Tout ceci, cependant, n’est pas si paradoxal.
Mener sa vie de façon autonome n’empêche pas d’idéaliser
son passé familial ; au contraire, même, puisqu’il s’agit du
passé, on ne risque pas d’y être confronté ; de plus,
la glorification des ancêtres flatte l’ego. Enfin, aimer son autonomie
individuelle n’interdit pas d’assouvir de temps en temps une pulsion
fusionnelle ; on peut même supposer que ce que les Bretons aiment
dans leur société c’est sa capacité à leur offrir
les deux possibilités.
En revanche, là où un paradoxe réside
peut-être c’est dans la contradiction qui existe entre l’élan
individualiste actuel des Bretons et la globalité des enjeux
économiques, politiques et culturels de la question bretonne que nous
suggérions lorsque nous évoquions, supra, l’exemple de
Marie. Cette globalité des enjeux nous conduit à présent
à l’étrange relation que les Bretons entretiennent avec la notion
d’autonomie collective.
Les Bretons, dont nous connaissons le goût pour l’autonomie
individuelle, redoutent au moins autant l’autoritarisme des militants que celui
de l’État. C’est l’un des enseignements de mes travaux
antérieurs : les autonomistes ont, à leurs yeux, une
réputation d’intolérance[46].
De plus, ils confondent fréquemment l’autonomie avec l’autarcie et
craignent de se retrouver, un jour, enfermés sur leur péninsule,
entourés de barbelés et de miradors, et incapables de trouver des
acquéreurs pour leurs choux-fleurs ou leurs crabes… Tout ceci explique,
vraisemblablement, la faiblesse des résultats électoraux des
partis autonomistes ou séparatistes bretons.
Pourtant, un sondage récent montre que 42 % des Bretons se
sentent « d’abord appartenir à la Bretagne » avant
d’« appartenir » à la France, que plus de la moitié
d’entre eux souhaitent que leur région dispose de plus de pouvoirs et
que 19 à 23 % d’entre eux[47]
se disent même favorables à l’indépendance[48].
Comment comprendre ce paradoxe ? Il semble que, pour l’instant, la question
bretonne relève surtout du registre de l’émotion et que la
population n’ait pas poussé très loin sa réflexion sur les
questions institutionnelles.
Avons-nous
vraiment répondu à la question de savoir ce qu’est une culture
régionale ? Ce n’est pas sûr, malheureusement. Du moins
avons-nous constaté que le choix des mots employés pour l’analyse
est lourd de présupposés, que le cas de la Bretagne est complexe
et que son renouveau actuel est composite. De même a-t-on
vraisemblablement senti, tout au long de l’exposé, que des
évolutions sont en cours aujourd’hui en Bretagne qui, loin d’être
simplement bretonnes, concernent la France et même l’ensemble du monde.
Elles posent une question simple et essentielle : quel modèle
nouveau inventer qui concilie la reconnaissance de droits collectifs pour les
minorités et la garantie des valeurs universelles de la
démocratie ?
[1] La version
longue d’un article publié par Ethnologie française (n° 2003-3,
juillet-septembre 2003, tome XXXIII, pages 373 à 379).
[2] Par exemple,
Flaubert écrit des Bretons qu’ils sont « une nationalité
complète qui s’efface » in Flaubert, Gustave, Voyage en
Bretagne. Par les champs et par les grèves, Paris, Éditions
Complexe, 1989 (première édition en 1847), p. 193, tandis
que Michelet évoque, dans son Tableau de la France, la
volonté des Bretons de prolonger leur « nationalité » (in
Michelet, Jules, Histoire de France, ii,
Paris, Flammarion, 1879, p. 91).
[3]
« Ethnicisme » est un mot de création récente qui
semble destiné à associer le régionalisme au racisme.
[4] Green, Julien, Adrienne
Mesurat, Paris, Plon, 1927.
[5] Dugalès,
Nathalie, « La représentation de la Bretagne et des Bretons par la
presse française : étude comparée des journaux Libération
et le Figaro », Les Cahiers du Cériem, n° 6,
Université de Haute-Bretagne Rennes 2, décembre 2000, pp.
19-31.
[6] Dugalès,
Nathalie, op. cit., p. 25.
[7] Idem,
p. 26.
[8] Idem,
p. 28.
[9] Idem,
p. 30.
[10] Cf. Hélias,
Pierre Jakez, Le Cheval d’orgueil, Paris, Plon, Terre humaine, 1975,
rééd. Presses Pocket 1982, pp. 230 à 244. Voir, en
particulier, pp. 235 à 238, le passage relatif à la
« vache », symbole honteux accroché au cou des enfants qui
s’exprimaient en breton à l’école. Cf. également An Du,
Claude, Histoire d’un interdit. Le breton à l’école, Lannion,
Hor Yezh, 2000.
[11] Cf. Le Berre,
Annie, « Bretagne : terra incognita ? À propos d’une
enquête sur la connaissance de la Bretagne dans une classe de
première brestoise, année scolaire 1987-1988 », La
Bretagne linguistique n° 5, Brest, 1989, pp. 197-218 et Le
Coadic, Ronan, « Principaux résultats d’un sondage
réalisé auprès des élèves du lycée de
l’Élorn à Landerneau », Ar Falz, n° 82-83, 1er
trimestre 1994, pp. 20-30.
[12] « À qui
profite l’argent de la culture ? », deuxième volet « Les
régions s’émancipent », Télérama
n° 2654 du 22 novembre 2000, p. 16.
[13] Selon Benedict
Anderson, la nation est « une communauté politique imaginaire, et
imaginée comme intrinsèquement limitée et
souveraine ». L’Imaginaire national. Réflexions sur l’origine et
l’essor du nationalisme, Paris, La Découverte, 1996, p. 19.
[14] Les Julots sont une
classe de paysans léonards riches. Les koulaks locaux, en quelque sorte.
[15] Siegfried,
André, Tableau politique de la France de l’Ouest, Paris,
Imprimerie nationale Éditions, 1995 (première édition :
Armand Colin, 1913), pp. 251-252.
[16] Patez,
Fabrice, « La notion d’“identité culturelle” et les mouvements
régionalistes français », Les Cahiers du Ceriem
n° 7, juin 2001, Passages soulignés par l’auteur.
[17] Idem.
[18] Idem.
[19] Cassard,
Jean-Christophe, « Les Bretons et l’Empire carolingien », in Briard et
alii, Histoire de la Bretagne et des pays celtiques, tome I, Des
mégalithes aux cathédrales, Morlaix, Skol Vreizh, 1983,
p. 148.
[20] Ibid.
[21] Siegfried, op. cit, p. 177.
[22] Cité par
Tanguy, Bernard in « La langue bretonne au pays de
Guérande », ArMen n° 25, février 1990,
p. 20.
[23] Siegfried, op. cit., p. 196.
[24] Sod evel
[25] Madeg, Mikael, Surprenants
surnoms bretons. Al lesanoiou brezoneg gwella, Morlaix, Le
Télégramme Éditions, 1998, p. 163.
[26] Idem,
p. 165.
[27] Lui-même
originaire du Léon…
[28] Idem,
p. 173.
[29] En
particulier « La pratique du breton en 1997 », sondage de tmo-Régions pour Le
Télégramme et France 3 Ouest, publié en partie dans Le
Télégramme du 12-13 avril 1997, dernière page.
[30] Selon
l’enquête Éducation insee-ined
1992, dont les résultats ont été publiés dans Population
et société en décembre 1993, le taux de
transmission du breton est nul. Selon une approche un peu différente de
l’insee, cependant, le taux de
transmission serait de 3 %, « mais des petits enfants ont pu
être élevés en breton par des francisants de
naissance », écrit Laurent, Loeiz, in « La connaissance
du breton », Octant n ° 56-57, mars 1994, p. 12.
[31] Cf.
Le Coadic, Ronan, « La persistance de certaines valeurs », in
L’Identité bretonne, Rennes, les pur
et Terre de Brume, 1997, pp. 405 à 414.
[32] Anderson, Benedict, op. cit., p. 9.
[33] Gellner, Ernest, Nations
et nationalismes, Paris, Payot, 1989, p. 11.
[34] Gellner, Ernest, op.
cit., p. 88.
[35] L’auteur du Barzaz
Breiz, anthologie de la poésie populaire bretonne, publiée
pour la première fois en 1839.
[36] Le premier
traducteur de la Bible en breton, dont le Nouveau testament a été
publié en 1827 et l’Ancien Testament en 1866, le tout dans une langue
qui « malgré toute sa perfection, n’était pas suffisamment
intelligible par le peuple », selon le Docteur Dujardin, in La vie et
les œuvres de J.-F.-M.-A. Le Gonidec, Brest, 1949, p. 198.
[37] Auteur d’une
monumentale Histoire de Bretagne.
[38] Linguiste à
l’œuvre considérable. « admiré par les uns pour sa
constance, sa force d’âme et même son abnégation »,
explique Francis Favereau, « il est vertement décrié par
d’autres pour son leadership durant la guerre aussi bien que pour son breton
corseté ». In Littérature et écrivains
bretonnants depuis 1945, Morlaix, Skol Vreizh, 1991, p. 6.
[39] Où certains
journalistes ont cru discerner la main de l’Opus dei.
[40] L’édition de
cette histoire en cinq volumes de Reynald Secher et René Le Honzec fut
financée par le Club des Trente. Reprise par le quotidien
régional Ouest-France, qui en publia une page par jour pendant
des mois, elle a été vivement mise en cause par l’hebdomadaire Télérama,
puis par Libération, parce qu’elle faisait le silence sur la
Shoah.
[41] Diwan,
« germe », est une association créée pour scolariser
les enfants en breton. Partie de rien en 1977, elle scolarise 6 500
élèves en 2001 et vient de signer son intégration à
l’Éducation nationale.
[42] Selon un entretien
avec son directeur, Olier ar Mogn.
[43] Sondage sur la
pratique du breton réalisé auprès de 2 500 personnes
par l’institut tmo Ouest en
mars-avril 1997, pour Le Télégramme et France 3
Ouest.
[44] Sondage sur la
pratique du breton réalisé auprès de 1 000 personnes
par l’institut tmo Ouest en
décembre 1990, pour l’association Ar Skol Vrezoneg.
[45] Keating, Michael, The Politics of Modern Europe, Second Edition,
Cheltenham, UK, and Northampton, USA, Edward Elgar, 1999, p. 473. Je traduis.
[46] Cf. Le Coadic,
Ronan, « Le refus du djihad », in L’Identité bretonne, op.
cit., pp. 341-351.
[47] Selon
qu’on comptabilise les résultats des quatre départements de la
région administrative de Bretagne (19 %) ou ceux des cinq
départements de la Bretagne historique (23 %), car la proportion de
personnes se disant favorables à l’indépendance monte à
30 % en Loire-Atlantique.
[48] csa, « Les Bretons, les habitants
de Loire-Atlantique et la question régionale », sondage exclusif csa/Le Télégramme/Presse
Océan, septembre 2000.